7
juin
2010

Le Tai Chi Chuan, un art martial ?

Le Tai Chi Chuan aujourd’hui est-il un art martial ?

Il est bien malaisé de répondre catégoriquement à la question. Certains choisissent clairement d’abandonner l’idée martiale et pratiquent une gymnastique de santé ou une danse où se cultive l’énergie selon la perspective d’une tradition chinoise dite taoïste. La difficulté vient de ceux qui optent pour l’art martial mais ne peuvent en définir les contours et les implications.

Essayons d’éclairer le propos…

Si Mars est bien lié à l’art de la guerre

on ne peut que sourire de la lenteur, de la douceur et de l’imagination de ceux qui jamais ne se vérifient dans l’affrontement. Aller au combat invite à se forger un corps et un mental capable de tenir le choc. Il faut se renforcer. Savoir clairement ce que l’on veut et être prêt à s’exercer assidument. Qui dit force dit muscles et ossature, sang et souffle, coordination neuro-motrice et entraînement. Mais, là où le sport invite à se construire dans la performance – plus lourd, plus vite, plus loin – le Tai Chi Chuan valorise l’exercice interne.

Exercice interne, Qi Gong, qu’est-ce-à-dire ?

Le concept d’énergie ( Qi) ne sépare pas le souffle du sang et de la globalité du corps mais la culture de l’énergie (Qi Gong)  y ajoute la pensée c’est à dire, la représentation imagée de ce que l’on veut faire et l’écoute c’est à dire, l’éveil d’une sensibilité consciente pour sentir et ressentir. Ici, la résistance est imaginée en même temps que le mouvement et, plus elle est importante, plus l’effort est conséquent!

La formule est intelligente. Pas de matériel, pas de tenue, pas de lieu spécialisé. Une détermination tranquille et une concentration souriante pour « allumer » les circuits sensori-moteurs qui portent le geste intégré. Une ligne à haute tension qui court de l’appui au sol à la main qui agit, de la profondeur de l’os jusqu’à la peau  en passant par tous les rouages mécaniques et  énergétiques où  la force prend appui.

Toujours, on soigne la détente en relâchant l’excès de tension, toujours on cherche l’allongement en éloignant les insertions et toujours on intègre l’action locale à la globalité de la posture. Peu d’effort musclé et beaucoup d’effet. On sollicite non seulement la suite musculaire qui fait l’action mais aussi celle qui s’oppose à l’action et on joue de l’alternance et de la coïncidence ( la dynamique Yin/Yang) des actions contrastées ( tirer/pousser, étirer/concentrer, lever/abaisser,…). Peu de déchets métaboliques et pas de fatigue profonde avec, au contraire, une transpiration salutaire et une sensation tonifiante.

Si la lenteur est nécessaire pour construire la robustesse et faire le geste plein, l’expression peut être explosive, libérant dès le départ une grande énergie sur une courte distance.

La pratique martiale de Tai Chi Chuan , au sens plein du terme, associant lenteur et vitesse est peu répandue. Elle se construit sur les différents 3 registres usuels de l’entraînement :

  1. Les QiGong statiques et dynamiques; une ou des formes condensant le répertoire gestuel
  2. L’exercice en duo/duel, de « la poussée des mains » tui shou au san shou, forme libre de combat associant les percussions, balayages, prises et projections. Dans cette orientation, il ne suffit donc pas de pratiquer la poussée des mains en douceur ou en force, de faire des applications d’auto-défense pour justifier les séquences formelles ou de développer des forces inusitées par le Qi Gong pour se qualifier de martial.
  3. Seule l’expérience du combat libre inculque cette science du combat. Le respect de soi et le respect de l’autre font partie de l’enjeu. Il s’agit de ne pas se blesser.        Aller plus loin dans le réalisme de l’affrontement relève moins de l’art que de la guerre ou l’autre n’est qu’un obstacle à éliminer.

Si Mars est une référence symbolique

invitant à conserver l’acuité de l’art martial dans la formation de soi, il n’y a pas lieu de sourire devant la douceur d’une philosophie qui dépasse l’affrontement par la non résistance et invite chacun à ne pas se faire l’adversaire.

En effet, il en faut au moins deux qui s’opposent pour nourrir la brutalité du combat;  le Taichichuan invite à ne pas être celui qui servira d’appui à la force adverse.

La grande force se cache dans la douceur et l’aisance. Il faut être solide pour s’ouvrir à la vulnérabilité, pour accepter et accueillir l’agression sans en souffrir laissant l’attaque s’annuler dans le vide de la non résistance.

Ainsi, la vulnérabilité se cultive dans l’éducation martiale car il ne s’agit pas de se soumettre par débilité, paresse ou lâcheté mais de choisir  la liberté. Ni agressif ni craintif, à l’image de l’eau qui emplit les creux, contourne les obstacles, dissout ou ravine, se vaporise avec la chaleur et durcit avec le froid le pratiquant cultive la transformation et l’adaptation.

Joindre la force et la fluidité, la légèreté et la pression, la malléabilité et le surgissement, le calme et la créativité, tel est l’esprit Taichi où le plaisir est la lanterne qui éclaire le chemin.

Jean-Luc

1
février
2010

La culture énergétique, une mutation existentielle

On est parti d’une réflexion sur la détente, abandon des tensions parasites pour arriver à la notion d’une tension harmonieuse, c’est à dire un détente active qui accepte l’usage d’une force bien dosée répartie sur l’ensemble du système.

Le troisième temps de cette réflexion met l’accent sur la continuité corps/esprit dans l’équilibre tension/détente. Sans corps, pas d’esprit et, sans esprit pas d’humanité .

La culture Tai Chi se réfère explicitement au cycle – intention / énergétisation / action où l’intention suscite l’énergie qui elle, porte le geste qui lui, libère la pensée. La pensée libérée, rendue disponible  pour un retour sur le résultat, engendre une réflexion puis, une autre intention et ainsi de suite. Plus on fréquente cette dynamique d’achèvement du cycle qui va de l’intention à l’acte, plus l’agir devient efficace pour devenir progressivement une manière d’être et de se comporter dans l’existence. On verra ainsi se conjuguer:

  1. Un premier temps, très pragmatique, qui incite à clarifier l’intention, à la simplifier et la préciser. On parlera de centrage plus que de concentration. Choisis ce que tu veux, évite ce que tu ne veux pas  et fais ce que tu fais!
  2. Un deuxième temps nous disant : écoute, sois réceptif à l’énergie. Réveille tes sens! Sentir et ressentir pour tirer davantage du presque rien quotidien. Les sons, les goûts, les couleurs, les odeurs, les textures, la chaleur, les présences,…tout est dans la nuance et rien n’est sans effet. La jouissance de soi invite à se réjouir! La pensée laisse sa trace dans le corps. Comme c’est beau, comme c’est bon, comme c’est doux!,….autant d’occasions de laisser résonner les effets d’une pensée de la jouissance heureuse.
  3. Un troisième temps incite à la curiosité. Apprendre pour comprendre et cultiver l’interrogation. Hors de notre portée immédiate s’organise le monde. Si le trop grand, le trop petit ou le trop complexe arrivent à nous par la  techno-science, c’est surtout par l’intelligence partagée avec tous ceux dont on procède que l’on y a accès. Curiosité rime avec créativité. Découvrir les autres qui ont imaginé, inventé et composé des oeuvres inédites, inouïes et impensées. Mais découvrir aussi notre propre créativité source de création et de recréation.

Le devenir est toujours en mouvement dans le processus de vieillissement. Mais Il s’alimente du suspens dans le processus de rajeunissement. Suspendre l’agitation pour rencontrer  la différence, l’inconnu, l’ailleurs ou l’autrement et découvrir le plaisir de l’autre.

Penser prépare ou inhibe. En ressentir physiquement les effets c’est accepter l’émotion et commencer à lire l’histoire de sa vie. Vaste proposition qui invite à laver ces yeux qui semblent regarder le monde alors qu’ils y projettent notre entendement et notre représentation. Il convient de reprendre l’aventure oubliée, celle de l’enfance et de notre construction mentale. On se réserve le droit d’inventaire des idées reçues, des a priori et des croyances qui bornent notre horizon. On interroge le socle culturel sur lequel s’est bâti notre perception:  Qu’avons nous implicitement accepté et enregistré comme idée du monde?

Observateurs et acteurs, nous sommes pleinement embarqués dans l’aventure qui crée notre monde «à notre image». La détente réactive la capacité à suspendre le mouvement pour inventer  c’est-à-dire pour revenir à soi et en soi, faire l’inventaire et imaginer d’autres issues. Exercice perpétuellement inachevé, le processus fait encore et toujours appel à la détente. L’abandon des fixations inutiles est toujours d’actualité car chaque idée engendre sa logique et l’idéologie, la logique d’une idée impose des crispations et des arrêts là où il est préférable de fluidifier.

Une philosophie du bien-vivre. Le plaisir d’être là, est en rapport avec notre ouverture d’esprit. La tension harmonieuse nourrit la sensibilité et accroît la sensualité. La jouissance est à l’honneur : Se libérer ou tout au moins s’alléger, choisir d’être heureux pour partager son plaisir avec qui le peut et qui le veut.

Cette proposition hédoniste invite au choix, non au retrait du monde, à la conscience éclairée et non à l’extinction de ses désirs.

Détente et tension harmonieuse n’invitent ni à subir par mollesse ni à dominer par stratégie mais, tout à la fois, à suivre et conduire son attelage pour aller avec plus de lucidité paisible et amoureuse.

25
janvier
2010

La posture dans le Tai Chi Chuan

La construction posturale est un temps fondamental de l’apprentissage et la pratique du TaiJiQuan. Chercher la posture juste est, avant tout, une pratique qui nous met en place et nous fait tenir debout. Pratique exigeante pour réunir chez un même individu alignement corporel et détente, force et douceur, redressement et relâchement, stabilité et disponibilité.

C’est un investissement précieux pour aborder le quotidien du corps, du geste et du mouvement. La persévérance et nécessaire mais la performance est souvent toxique. Plus on cherche dans le registre naturel, sans perdre l’exigeance des repères, plus on s’approche d’une validité tout terrain. Avec le temps, la conscience posturale devient un état d’esprit, une posture existentielle. Le corps est le lieu où j’habite et d’où je parle, garant de mon autonomie. On gagne en simplicité et en authenticité en veillant à ne pas se départir de la référence à l’expérience personnelle.

Dans la pratique des formes solo qui constituent la partie la plus populaire de la discipline, il me semble par contre erroné de s’attacher à des postures, comme si la chorégraphie était une suite de photos étiquetées « postures » : La grue blanche, le serpent qui rampe, les 7 étoiles,…pièges de la traduction et de la réception des premiers temps qui ont tendance à se figer et à être répétés à l’envi sans remise en question, le mot remplaçant le concept. Sans doute? On dit de la forme que gestes et mouvements coulent comme les eaux du fleuve, que les 8 « techniques » ne sont que transformations d’énergie qui, en effet est qualifiée par les incessantes mutations yin/yang. Dès lors, il n’y a pas  » d’arrêts sur image » et la chorégraphie vit de sa fluidité et de sa continuité. On n’arrête pas l’écoulement du fleuve, on y voit une puissance profonde canalisée. Elle s’accumule, fait des vagues et des tourbillons pour contourner ou  submerger l’obstacle mais elle ne s’arrête pas. Néanmoins, il n’y a pas deux fleuves pareils ni deux instants identiques dans le même flux. La vitalité du solo vient de l’interprétation de l’acteur, pas de la répétition scolaire de postures bien cadrées. L’esprit peut y lire des instants, capter des moments y sentir des poses mais il se régale de la puissance continue et contenue dans l’euphorie de geste bien conduit.

Dans l’exercice tui shou en duo (poussée des mains selon la piètre traduction en usage) où les mouvements et les variations sont constants, il importe que les fondements posturaux soient bien établis tant la circulation de l’énergie dépend de l’intégration posturale. Les repères formels qui font la posture – écart des pieds, avancée du genou, retrait de la hanche, ouverture des épaules, dégagement du port de tête,… – sont utiles pour éveiller la sensation de l’énergie et sa mobilisation mais, dans la joute plus libre, ils perdent souvent leur rigueur formelle. Ils se transforment mais ne perdent pas leur cohérence énergétique. Il n’est pas bon d’être « en mauvaise posture ».

La posture, on y revient incessamment pour améliorer l’efficacité sans effort, l’élégance du geste. C’est dans le QI Gong où l’on cultive la sensibilité à l’énergie et à sa mobilisation que l’exercice trouve son plein rendement. Dans l’apparente immobilité posturale où l’on  » tient la pose » se joue l’activation des tensions contrastées, des forces concurrentes qui aiguisent le senti et le ressenti. Là où l’on ne voit rien, où rien ne semble se passer, le courant passe, effectivement.

Se poser, se déposer, se transposer et, pourquoi pas se reposer, la posture bien comprise conjugue les effets de la pratique TaiJiQuan.

Jean-Luc Perot (Janvier 2010)

22
octobre
2009

Détente ou Harmonisation de la tension

Le premier temps de cette réflexion situait la détente en contraste avec la crispation et  la susceptibilité qui signent habituellement l’excès de stress non résolu. On dégageait quelques pistes pour prendre conscience de cet excès et le résoudre en douceur.

Passons maintenant à l’harmonisation des tensions càd à une répartition équilibrée de telle sorte que, de l’intention à l’action une vague d’énergie circule sans obstacle, sans stagnation ni retenue en évitant les excès et les manques. Ainsi la tension initiale se résoud dans le mouvement rendant le système à nouveau disponible pour une autre intention/action. Comme toujours, c’est dans le corps et par le corps que nous nous mettons en chantier.

Nous le redisons, l’ordinaire et l’extra-ordinaire impliquent l’activation musculaire, c’est à dire, un tonus de base, une mise en tension et son relâchement.

Tenir debout

Tenir debout impose une tonicité posturale qui résiste à l’attraction terrestre. Le corps a la solidité et la puissance pour gérer cette mise sous tension dans l’économie et le confort. Toute tension surajoutée ne dénote pas une plus grande force mais bien au contraire, un défaut de force.

L’aisance est le signe d’une force bien répartie dans le corps.

L’ensemble des os, des articulations, des tendons et de toutes les variations sur le thème du tissu conjonctif forment la structure qui fait tenir ensemble et se mouvoir.

Le mot – structure – nous parle de cohérence. La cohérence implique des connexions, des liens qui informent l’ensemble des composants qui font la forme. Derrière la forme que l’on voit, il y a donc tout un réseau de relations, mécaniques, organiques et énergétiques qui maintiennent la conformité de tous ces entrelacs tissulaires. Les défauts de cohérence ( d’alignement, de souplesse et de fermeté, d’élasticité et de conduction) créent des manques, des trous, des déséquilibres qui fragilisent l’étoffe dont nous sommes faits. Un manque se compense par un excès et un excès en un lieu signe le manque en un autre endroit.

Résultat, la force qui devait être prise en charge par l’ensemble , des pieds à la tête et aux mains concentre ses effets en des points qui souffrent ou cèdent parce qu’ils ne sont pas faits pour un tel labeur, pour une telle pression ou une telle tension.

La tension harmonieuse, au repos ou dans l’effort implique la conscience et la participation de l’ensemble.

Vu sous cet angle, la posture évoque les moyens nécessaires et suffisants pour faire tenir debout dans l’attitude choisie. Et c’est cela qu’il nous importe d’identifier.

La tension minimale repérée, nous pourrons jouer les variations sur le clavier énergétique sans perdre de vue l’essentiel.

Le jeu des Forces

Sur le canevas de la station debout bien posée, alignée et dégagée on jouera de mises en tension volontaires pour créer de courants et des effets de force.

Penser un geste instruit le corps. L’intention mobilise la sensation et l’émotion, un circuit moteur est allumé.

Le principe est simple. Tout commence à la terre et on construit à partir des fondations. L’application d’une force, poussée ou traction se lit à partir d’un point d’appui, dans une direction et un sens. elle agit en suivant une trajectoire qui s’oppose à une résistance. Debout, la verticalité absolue de la posture trouve un appui évident au sol, sous les pieds. Cet ancrage sera toujours présent mais, dans le plan horizontal, il sera relayé par des appuis secondaires réels ou imaginaires, la pensée créant la sensation.

Au premier regard, le dos et le bassin s’offrent spontanément puisque l’on est lesté par le fond dans l’assise et adossé à l’arrière. L’axe central interne, ligne imaginaire tendue «entre ciel et terre» se reflète dans l’axe vertébral et dans l’alignement de relais  identifiés comme charnières énergétiques (chacras).

Ces relais reprennent usuellement les plantes des pieds et les paumes des mains connectés à l’axe central où s’alignent 7 niveaux vibratoires ,de l’assise au fond du bassin jusqu’au sommet du crâne en passant par les lombes et l’ombilic, la taille et le diaphragme, le coffret thoracique et le coeur, la nuque et la gorge, l’occiput et le front.

Les pôles extrêmes de cet oeuf énergétique s’enrichiront de la sensation de corne, antenne vers le sublime  et de queue prenant un contact  plus tangible à la terre, le tout s’associant dans l’effet d’ensemble.

Mais le principe s’étend à tout le corps. Si la paume des mains est un appui évident pour se tirer ou se repousser, à l’usage, n’importe quelle partie du corps ou du décor peut servir d’appui.

Si la résistance fondamentale est le poids corporel, elle pourra également s’enrichir de résistances imaginaires, tensions élastiques, obstacle à déplacer ou milieu à forte viscosité.

Donc: 2 attitudes – passive pour recevoir paisiblement une surcharge et active pour répondre avec aisance, sans tensions superflues ni vides ou avachissement.

La détente est dans l’alignement postural et la répartition harmonieuse de la tension qui s’exprime et se résoud entre intention et action.

A suivre,… L’idée, propos et intention change le dynamique énergétique; la pensée s’inscrit dans le corps et l’entraînement à la dynamique posturale se fait philosophie pratique!
Jean-Luc

14
juin
2009

Détente ou harmonisation des tensions

Soyez «Zen»!

“Détendez-vous, Soyez mois contracté, prenez le temps de vous relaxer!“ Invitations tellement familières que l’on entend et croit comprendre sans pour autant savoir comment faire.

L’idée qu’on s’en fait

Tension et contraction évoquent a priori des dynamiques opposées mais dans les deux cas, on comprend qu’il y a quelque chose à lâcher ou relâcher. La contraction insiste sur le resserrement. On réduit la longueur ou le volume en rapprochant les extrémités. On peut avoir les traits crispés, la gorge et le cœur serrés. On pense au muscle qui une fois resserré n’accepte plus d’être étiré.

La tension elle, étend en éloignant les points d’attache ou en augmentant la force d’étirement. On y sent l’effort. On tend la corde d’un arc pour augmenter sa puissance, on tend la corde d’un instrument pour le rendre vibrante, un style d’écriture peut être tendu de même qu’une relation humaine. Le nerf, initialement désignait le muscle et son tendon tels qu’on les distingue maintenant – on avait les nerfs tendus et on réagissait à la moindre pression.

Notre fonctionnement

Nous vivons de la relation et la contraction musculaire est la réponse physiologique à la pensée ou à l’émotion. Mouvement volontaire, réflexe ou réaction végétative, le système nerveux s‘exprime par la contraction. Mais le langage normal de l’action est contraction/action/relâchement.

C’est la perturbation de ce fonctionnement qui fait que l’on reste tendu.

Il ne s’agit donc pas d’abandonner la tension (mort) mais de l’ajuster. Une tension résiduelle, une contraction inutile, un état d’inquiétude, une susceptibilité, une irritabilité, une hyper réactivité,…Autant de degrés pour  décrire l’état de tension.  Comment faire? Tension et détente sont des processus intriqués qui se répondent incessamment. On n’est pas tendu ou détendu une fois pour toutes. Alors?

Se rendre compte de l’état de tension

La détente commence souvent par la prise de conscience. Car même quand on en souffre, on ne se rend pas spontanément compte de notre excès  de tension. On vit avec, on a l’habitude, c’est comme ça, tout le monde est ainsi dans ma famille,…

La prise de conscience prend ses repères dans la sensation. Il faut en faire l’expérience.Douleur, restriction d’amplitude, crispations, déformations et déviations posturales sont des signes de tension et Il faudrait y ajouter le tableau des réponses neuro végétatives qui signent l’excès de stress non résolu. douleurs articulaires, haute tension artérielle, émotivité, contractions, spasmes,…

… et se donner les moyens de l’ajuster

  • A l’écoute de la détente, on perçoit de la lourdeur et de la chaleur, des  picotements peut-être, la respiration s’approfondit et on se met à bayer.
  • Une contraction volontaire suivie de son relâchement permet de mieux identifier et savourer la décontraction.
  • Les étirements progressifs augmentent la sensation musculaire; on identifie le trajet, les points d’attache des muscles ainsi que leur action spécifique ou encore, la suite de muscles étirés dans tel ou tel geste.
  • La mémoire pour évoquer les bons moments  où l’on a respiré la détente.

Instants de bonheur, moments de félicité insouciante,… Le bonheur est tout près mais, inconscient dans l’expérience, il faut une légère distance pour en identifier le passage. Détente une fois le besoin soulagé, l’effort récompensé ou le conflit apaisé mais aussi détente de la sieste et du rire, d’une pause méditative à l’odeur  d’herbe fraîche dans les premiers soleils, jouissance de tous les petits et les grands plaisirs,…

Ce qui était tendu par le désir, l’effort ou la fatigue est détendu par la satisfaction. Soyons satisfaits!  La peur et l’insatisfaction stagnante nous crispent.

Comprendre les mécanismes

L’expérience se complète par la connaissance et la compréhension des mécanismes mis en jeu dans l’adaptation et la réponse au stress.

Face à une demande, l’organisme se mobilise pour l’action. Il met en branle la chimie propre à la réponse musculaire: activation de la respiration et redistribution de la masse sanguine, augmentation de la disponibilité en glucose,…et, en fonction des mouvements nécessaires le muscle sera plus ou moins tendu, prêt à répondre à la situation.

C’est un système interne au muscle ( le fuseau neuro musculaire et la boucle gamma) qui ajuste ce tonus pour répondre par des mouvements rapides ou lents, courts ou longs,… L’action passée, la demande satisfaite, on s’apaise et revient au régime ordinaire.

Toute situation nouvelle,  inconnue  ou reconnue comme difficile – risque d’échec, peur d’une sanction ou transgression de l’interdit-  nous inhibe. Elle  nous empêche d’agir et donc de résoudre le stress dont les effets négatifs s’accumulent et s’inscrivent «en dur» dans notre posture, notre fonctionnement et notre comportement.

Une stratégie de bien-être

Se détendre c’est aussi une philosophie du bien vivre; on cultive la satisfaction profonde, l’émerveillement et la curiosité devant le vivant.

En effet, si le système réflexe gère silencieusement les contractions propres à maintenir l’équilibre de la posture,  le conscient et le subconscient gèrent aussi la sensibilité neuro-musculaire qui influence directement le tonus musculaire de base. La disposition intérieure résonne ainsi sur la “susceptibilité” du système.

Et c’est aussi AGIR.

Agir car la détente active n’a rien du refuge dans l’indifférence ou de l’extinction du désir. Pas d’agitation et pas d’activisme mais une action ajustée en relation avec la satisfaction et la résolution de la tension. Evitement intentionnel, affrontement décidé , négociation conflictuelle ou inhibition très passagère, les stratégies de la réponse au stress sont connues, il s’agit de les mettre en oeuvre en gardant le cap de la détente qui libère l’action efficace.

Tout un programme, toute une culture où le Taichichuan joue pleinement dans l’harmonisation des tensions et le plaisir partagé.

A suivre… « l’harmonisation des tensions et la construction du corps énergétique»

Jean-Luc Perot

26
mars
2009

Être là, debout

Une question me revient régulièrement. Où est l’essentiel du TaiJiQuan en-deçà des mots et des gestes, des styles et des modes. Comment cela s’inscrit-il  dans la vie quotidienne et dans le partage.

Tout compte fait, la simple posture debout s’impose comme lieu, forme et moment fondamental de l’exercice; la détente en est l’axe principal.

Tenir debout  résume la présence individuelle, le rapport à soi, aux autres et au monde. L’idée n’est pas originale, le redressement caractérise le bipède humain. Le piéton par son pied, son poids et son pas marque son empreinte, sa posture et son allure.

La CHUTE

L’attraction terrestre ramène tout au sol. On tombe sans arrêt vers le centre de la terre et c’est l’alignement sur la verticale, la rectitude qui permet la plus grande économie de moyens et la plus grande autonomie.

Les forces qui nous mettent à terre sont prises en charge par des réactions toniques réflexes mais tous les déséquilibres posturaux ajoutent une dépense d’énergie pour compenser et intégrer un défaut d’alignement.Recherchant toujours un équilibre confortable, nous vivons cependant en instabilité permanente. Ce perpétuel réajustement soutient notre vigilance.

De toute évidence, nous devons lutter pour tenir debout, même à notre insu. Le Taijiquan  invite à ne pas se raidir dans la lutte mais plutôt à accepter consciemment et finement cette chute incessante pour en recycler les effets dans un grandissement. Paradoxe yin/yang, c’est en cultivant la chute que nous soutenons le redressement.

Comment activer ces forces avec douceur et efficacité? Par l’image

Le SABLIER

La chute du sable, grain par grain se fait par l’orifice inférieur et l’empilement du sable grain par grain se fait par le fond de sorte que la vidange nourrit l’entassement. Et voilà la dynamique contrastée Yin/Yang.

La forme du contenant conditionne l’empilement. On peux poursuivre l’expérience en retournant le sablier mais, dans la posture debout, c’est la pensée qui “retourne le sablier” et fait la continuité de l’expérience. L’écoulement du sable résonne avec la détente. Cela correspond grossièrement à l’abandon des tensions superflues dans la musculature périphérique mais, plus intimement c’est une sensation d’ouverture qui suit toutes les zones de resserrement articulaire comme les chevilles, les genoux, la hanche, les étages vertébraux et costaux, les mâchoires et l’articulé dentaire.

Une vision plus énergétique prend en compte toutes les zones de passages souvent soulignées par le vêtement, zones qui sont à dénouer, délacer  ou délier. Tour de tête, col et collier, bretelles, brassières et bracelets. Tour de taille, ceintures et gaines, chaussettes et lacets. La détente ouvre le passage et la matière peut s’écouler vers le fond. On suit le protocole – d’abord l’intention…, qui suscite l’énergie…, qui active le corps dans la forme et le geste.

Et, plus encore, le processus s’active en boucle, le système s’auto-entretient car forme et geste informent l’esprit qui suscite le Qi, qui…,

Il s’agit de maintenir constant et régulier le flux de l’écoulement, la pensée choisissant tantôt la chute à la terre tantôt la remontée par empilement des grains. Le processus favorise une plongée en soi car à la détente active répond une ouverture d’esprit favorable à une attitude plus détendue devant la vie.

La détente active propre au taijiquan se fait alors mode de vie. Une philosophie du bien-vivre qui, au repos ou dans l’action, dans le calme ou dans l’urgence choisit de ne pas se laisser submerger par les effets négatifs du stress en savourant consciemment la détente  .

28
février
2009

Culture de soi, Sculpture de soi, … mais encore.

Dans le champ étendu des valeurs liées au Tai Chi Chuan, on envisage volontiers la culture de l’énergie dans la perspective du développement personnel:

Ca commence  avec soi

La pratique invite en effet à un mouvement global de retour sur soi. On part du corps et c’est par le corps et dans le corps que débute le chantier. L’approche privilégie une attention intériorisée pour ressentir ce qui encombre et fait obstacle à un accord plus serein avec soi-même.

C’est un processus : La conscience posturale permet l’abandon progressif des tensions parasites et, en retour, la détente autorise un alignement et un redressement  qui dégage le port de tête et leste le bassin. Une posture redressée et détendue ouvre la sensibilité, elle donne confiance en soi et résonne tout de suite sur la manière dont on appréhende l’espace alentour. Bien posé, on devient la référence – l’espace s’organise, on s’oriente et découvre la libre circulation. la mobilité et la fluidité des gestes réveillent un rapport dansant à la vie.

L’individu s’affirme dans la douceur et la détermination.

Mais ça avance avec l’autre

C’est ici, quand l’individu s’émancipe et rencontre les autres que prend sens la culture de soi. L’aspect solipsiste de la démarche se dépasse dans la relation. L’autonomie est le prélude à la rencontre. Cette clarification  permet l’identification et la différenciation. Contrairement aux apparences, la forme solo pré-arrangée n’invite pas à la conformité, Pas à la normalisation mais à la distinction.Pour aller vers la vie, la société et le monde, la Taichichuan étend ses principes à la relation. La détente et la confiance posturale sont la condition pour se mettre à l’écoute de l’autre. S’ouvrir, accroître sa  capacité à accueillir pour savourer et partager ce qu’il y a de bon dans la relation mais aussi augmenter sa capacité à en éviter les aspects néfastes, nuisibles ou toxiques.

Comment concilier l’ouverture et le choix de recevoir ou de ne pas recevoir.

La couleur martiale du Taichichuan propose diverses attitudes :

  • La terre – Quand l’agression est supportable, on neutralise le toxique en se connectant à l’intrus et, comme une prise de terre, on conduit à la terre les influences néfastes qui s’y neutralisent.
  • L’eau et l’air – Plus avant, Il s’agira de ne pas donner d’appui à l’agression en n’offrant pas de résistance ou en l’attirant dans le vide pour qu’elle s’annule dans l’inefficacité ou la chute.
  • Le feu de l’esprit –  retourne à l’envoyeur ses propres énergies en en recyclant le flux. Plus l’agression est sévère, plus elle frappera l’agresseur.

Ainsi, la pratique intériorisée qui peut paraître nombrilique n’invite pas, à mon sens , à un retrait du monde. Il y a une mise à distance du monde, du mondain et de l’agitation mais nul retrait.

Mais encore avec la société

Prendre soin de soi, à l’intime et dans la relation à autrui constitue une précaution capitale pour entrer dans la danse. Savoir prendre, savoir recevoir mais encore donner. Si l’individu est le niveau initial et fondamental de la relation, il conserve la puissance de  la socialisation. Dans les turbulences chaotiques de l’existence, chacun porte la possibilité de se faire noyau autour duquel s’organise le vivre ensemble. Ni le repli dans sa bulle, ni l’investissement sans distance mais un choix en accord avec ce que l’on sait et aime faire.

La culture Taichi est autant dans l’ouverture aux sciences et technologies, aux arts et aux lettres que dans la pratique méditative. Abandonner les tensions inutiles c’est aussi s’alléger des croyances qui asservissent ou justifient, des pouvoirs hiérarchiques installés et de tout ce qui ce qui empêche la jouissance d’une présence active au monde que l’on désire.

Les Ateliers de la Main Franche suivent ce fil conducteur, discret et exigeant à travers toutes les pratiques proposées comme autant d’occasions d’activer cette philosophie “taichi”.

Jean-Luc

5
janvier
2009

Votre forme est-elle conforme?

De la forme et de la mise en forme en Tai Chi Chuan.

La forme

Qu’on l’appelle forme,  solo, kata ou Tao, la chorégraphie est dite condenser l’essentiel de la transmission du Tai Ji Quan. Quand on parle d’apprendre le Tai Ji Quan, on parle d’apprendre la forme mais en même temps, il est fait référence au Qi, c’est à dire à ce qui n’a pas de forme mais anime toutes les formes. Forme/sans forme nous voici au cœur de la contradiction yin/yang!

En français, la définition du mot forme propose quelques pistes intéressantes:

  • Apparence extérieure qui permet d’identifier. Ainsi, on pourra reconnaître notre style à la vue.
  • Moule , la forme est ce qui donne forme. Ce qui permet au pratiquant de prendre forme dans la pratique.
  • Réalisation concrète. C’est la mise en forme des principes du Tai Ji Quan.
  • Conformité à la norme. « En bonne et due forme »

La pratique incite à la mise en oeuvre des principes comme :

  • Valoriser la détente et non la force musclée
  • Le corps est unifié, il bouge comme un tout à partir du centre et de l’axe moteur,
  • La dynamique du mouvement s’appuie sur l’effet de tension produit par la distinction yin/yang.
  • L’esprit dirige, il mobilise le souffle qui porte le geste. L’intention se réalise dans le geste et celui-ci parle à l’esprit, il nourrit la pensée.
  • La forme naît dans les pieds, grandit dans les jambes, se condense et s’oriente dans le bassin, serpente dans l’axe vertébral et fleurit dans le geste.
  • Rechercher la stabilité dans le mouvement et la fluidité dans l’enchainement.

La forme, une fois mémorisée, devient l’expression concrète de ces principes.

La forme semble être le référent stable pour progresser dans cette culture. On se moule dans la forme, on y revient souvent, on la fait sienne et notre posture, nos gestes, notre souffle et nos mouvements sont le matériau même de cette expression formelle. La mutation alchimique fait que, en travaillant la forme c’est sur soi que l’on travaille. La nécessité de la contrainte formelle – apprentissage, mémorisation, intégration motrice, signification… ne doit pas nous cacher que ce modèle n’est pas une représentation de ce qu’on doit être ou connaitre mais un langage qui parle à l’esprit. La forme n’est pas exhaustive, on n’a pas fini avec le Tai Ji Quan quand on connaît la forme. L’expérience est gestative, elle nous fait naître à d’autres niveaux. La lenteur, l’immobilité ou l’équilibre ne sont pas des fins en soi, ils sont adaptatifs, ils permettent l’intégration et la disponibilité au mouvement de la vie, et pas seulement à la santé qui n’est qu’un préambule utile à l’enthousiasme. La forme véhicule une information et chaque séquence de la forme est une formule condensée des principes à mettre en oeuvre.

On peut dès lors:

  • Travailler la littéralité : Répéter la formule, la mémoriser dans son corps et laisser venir les sensations
  • Travailler le fond : Répéter la formule, la mémoriser dans un geste sur fond de sensations, d’émotions reconnues et d’activation intentionnelle.
  • Travailler le creusement : répéter la formule, la questionner dans le mouvement, la vérifier dans le moment, la développer dans ses variations et ses applications.

Cependant, la transmission formelle n’est pas un absolu, un trésor figé au-delà de toute interprétation. Au contraire, l’expérience est toujours inachevée, le pratiquant n’est jamais autant lui-même que lorsqu’il est en train de s’inventer. La forme est idée et technique, elle est un réservoir de possibles offert à ceux qui la fréquente. Trois vibrations remarquables s’unissent dans la pratique: Le corps, le souffle et l’esprit. Le corps est là, au départ, il est animé par le souffle et par l’esprit.

Seul

Le Qi Gong est l’art de pétrir pour mêler harmonieusement et intimement corps, souffle et esprit. Le TaiJiQuan prend le pari audacieux de développer la vitesse par la lenteur et la force par la douceur et la souplesse. Avec lenteur et douceur, l’affinage travaillera sur la disponibilité et la sensibilité. La disponibilité invite à lever les obstacles qui s’opposent à une libre expression. Raideurs, crispations, mollesse ou débilité. La sensibilité invite à l’éveil des sens, ouverture à la réception – accepter de sentir et de ressentir, et acuité de la perception – discrimination fine et acceptation de l’observation.

Deux formules nous invitent:

  1. L’individu est concerné dans son ensemble : Qu’on entre en mouvement ou en suspens, c’est avec tout le corps, toute sa sensibilité et son intelligence. On bouge à partir de l’intention et du noyau moteur et de l’axe  central. Toutes les parties (particules) du corps sont reliées entre elles et l’énergie (sensation et activation) se faufile et s’enfile sans perdre le fil. Le corps cellule par cellule sera parcouru par une onde qui part de la terre en s’expansant ( Peng) et fait retour à la terre pour se régénérer (Lu).
  2. L’air a la présence de l’eau. On sent la résistance opposée par le milieu, sa portance et l’inertie des corps déplacés. C’est comme si immergé jusqu’aux épaules, on poussait et tirait une énorme grume de bois flottant. Il faut d’abord vaincre la résistance de l’eau pour mettre le tronc en mouvement mais, une fois qu’il s’ébranle, il continue sur sa lancée et il faut très tôt mettre en jeu les forces opposées pour contrôler son inertie et ne pas le perdre. Ainsi, des suites musculaires complexes, agonistes et antagonistes sont activées dans une intrication d’étirements et de compressions sur le principe de l’élasticité et de la résilience. Un élastique étiré a tendance à revenir à sa longueur initiale de même qu’un ressort ou un ballon comprimé restitue la force emmagasinée.

D’autre part, le contact fluide de l’eau éveille la sensibilité tactile point de départ de la sensation énergétique. Ainsi travaillée, la forme concilié l’activation de l’esprit qui propose une image, une idée, une ambiance et suscite l’énergie et la sensation qui porteront le geste. Le corps répond en sensations, émotions et réactions, libérant des énergies inhibées par une tension toxique.

Corps, souffle et esprit sont réunis dans un coktail euphorisant, source de plaisirs partageables.

A deux

Une autre dimension essentielle de l’art est l’adéquation de l’action à la situation. La culture martiale affûte cette efficacité dans la rencontre de l’adversaire. Le Tai Ji Quan propose 2 niveaux:

  1. Le tui shou codifié et libre permet de vérifier les qualités développées en les mettant en jeu face au partenaire. Détente, souplesse, cohérence sont questionnées par la présence émouvante de l’autre dans une co-opération où les deux acteurs s’offrent leur justesse et leur vulnérabilité.
  2. Le san shou agit de même mais puissance et vitesse obligent à saisir le bon moment. Pieds et poings, frappes, poussées, clés et projections peuvent entrer en lice suivant l’option choisie par les pratiquants. L’urgence dévoile des émotions cachées qui sont autant d’entraves à la pleine jouissance de soi.

Les séquences formelles s’ouvrent sur un répertoire gestuel insoupçonné en variant les distances, les vitesses, les angles et les combinaisons nées du génie d’un corps/souffle/esprit libéré.

Conclusion

Voilà que la forme se fait laboratoire et mise en chantier. La forme est changeante, elle se déforme, se réforme et se conforme. Nous sommes complexes, poussés par des forces de croissance et pressés par la pesanteur, nous sommes contenus dans des enveloppes physiques; agis par des forces instinctuelles et contraints par des forces culturelles, tendus par des aspirations  et retenus par des croyances, nous sommes aussi emballés dans des enveloppes psychiques . Wu Wei, pas d’agitation, pas d’activisme mais rester branché à la force sans force, à la détente qui surpasse la crispation,  à la dynamique des transformations qui seules perdurent. La confiance dans les principes de douceur associant élasticité et plasticité, franchise et sensibilité permet de se lancer seul dans  une danse de l’énergie, une forme libre, naissant de l’esprit du moment. La bonne forme s’enracine dans l’informel. La posture ne sera pas une imposture, mais une forme  accordée à soi, avec justesse et goût, dans la simplicité des contraintes physiques mais, par la puissance de l’esprit, la codification de la transmission formelle pourra favoriser l’émergence d’une personnalité empreinte de responsabilité et de disposition inventive.

Faut-il préciser que ce regard qui peut être choquant pour l’esprit formaliste ou déroutant pour le débutant prend en compte le processus, le développement au fil du temps. La maturité vient dans la pratique où les différents âges de la vie offrent l’occasion d’apprendre et de savourer autrement.

Jean-Luc Perot

2
novembre
2008

La transmission du TaiJiQuan

Tradition contre traditionalisme.

Petit propos provocateur et pacifiste.

D’abord, il y a la manière chinoise de dire que le TJQ est un art vénérable. Don fait par le Ciel à un empereur lié au nord et à la nuit … Intuition sublime face à l’affrontement du serpent et de l’oiseau… Un sage venu de l’Inde, des moines guerriers, des héros justiciers…

Tout un langage codé où se répondent les nombres, les éléments, les images et les couleurs dans la vision organique de la tradition chinoise au gré des milieux et des époques. Option métaphysique, symbolique, légendaire, médicale, sexuelle, une transmission vivante et changeante en accord avec les époques. Le Dao à mille portes, chacun la sienne. Ensuite il y a le piège d’une traduction littérale, péché traditionnaliste qui fige le message en dogmes et vérités, règles et lois.

Le TaiJi devient l’UN absolu et tout puissant, la vérité ultime – Ne cherche pas à comprendre, c’est vrai puisque les Anciens l’ont dit – travaille petit débutant !

Le TaiJiQuan est alors un trésor, un répertoire de gestes et de silences sacrés, à copier fidèlement avec l’espoir d’arriver un jour à la sagesse des sages.

Extinction du feu de l’esprit, domination des mots et des images toutes faites. Du prêt-à-porter, déjà pensé et formulé à l’usage du profane. Vision hiérarchisée, programmée de la progression où l’expérience réfère davantage à avoir de l’expérience qu’à faire une expérience. Un rapport de domination stable s’installe entre les « initiés » détenteurs de pouvoir et les « inhibés » demandeurs de pouvoir.

C’est la version institutionnalisée de la tradition, le message est perverti, le transmission ne porte plus sur l’inexprimable, le vide et la question mais sur le discours, l’emballage et la réponse.

De l’autre côté, la version révolutionnaire.

Le regard se déplace du sommet vers la base, de l’objet vers le sujet, du maître vers l’élève et de la transmission sur la réception.

C’est là que s’exprime le mieux la vertu de l’exercice où le désir fonde l’engagement. Il ne s’agit pas de récuser le travail des Anciens : Au contraire, se mettre dans leurs traces, monter sur leurs épaules, retrouver l’innocence où l’expérience du monde passe par l’expérience de soi.

L’invention de soi.

Aventure de toute la vie où l’on rencontre le sauvage « le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui », autant de montagnes à gravir, de tigres à chevaucher, d’ailes à déployer et d’offrandes à adresser à l’immortel.

Dans l’invention de soi, Il y a d’abord l’idée de venir à soi (in-venire), en soi ou vers soi c’est à dire faire une conversion, un retournement des sens de l’extérieur vers l’intérieur sans se laisser distraire par le brillant, le bruyant et le payant.

Ambiance de méditation, de concentration ou de réflexion bien évoquée par le verbe – se recueillir à l’infinitif; se cueillir sans cesse.

Il y a ensuite un travail d’inventaire, décapant comme le vitriol des alchimistes. Visite Interioram Terrae Rectificando Invenies Auris Lapidem Veram Medecinam. Distinguer et trier avec une conscience plus claire ce que l’on garde et ce que l’on abandonne dans tout ce qu’on a l’habitude de considérer comme soi ou comme sien parce que allant de soi, depuis toujours. Exercice difficile, enfermé que l’on est dans les idées toutes faites, dans les comportements automatiques parce que enregistrés très tôt et valorisés par le milieu qui nous a vu naître.

Enfin il y a invention, acte d’imagination où l’on combine de manière inédite les éléments de notre vie. C’est le propre de l’homme.

Créativité de l’artiste qui à l’intérieur de la contrainte formelle exprime sa manière de vivre et de faire vivre la forme avec assez de conformité pour jouer en concert avec les autres et assez d’originalité pour en faire une œuvre renouvelée.

Emergence d’une personnalité où l’on peut voir à l’œuvre la puissance unifiante de l’esprit qui circule de l’intention à l’action en mobilisant les souffles et la sensibilité . Image fécondante pour celui qui regarde et se sent invité à participer.

Tradition en mouvement contre tradition figée

C’est la disposition d’esprit de l’élève qui fait se lever maîtres et adeptes au gré de leurs rencontres et qui nous rend compagnons dans la Vie.

Jean-Luc Perot

14
septembre
2008

La pratique du Tai Chi et le Stress

La rentrée, c’est le moment des bonnes décisions alors, voici un petit encouragement à se lancer avec l’envie de s’y remettre, le désir de changer, le besoin de se retrouver, …

Sous l’appellation stress, se cache le manque d’enthousiasme pour un quotidien surchargé ou l’indolence face à la lassitude des jours. Une activité physique régulière et organisée comme le Jisei Taichichuan offre une réponse naturelle à ce manque à vivre.

En effet, le Jisei Taichichuan, permet d’apprendre à reconnaître les tensions parasites, à accepter le sourire qui fait fondre les crispations et de laisser sortir ce qui encombre le cœur et la tête.

Le Stress, une histoire banale

L’excès d’information que l’on ne peut gérer, la performance qu’exige la réussite, l’incertitude du lendemain, les besoins réprimés, les désirs insoupçonnés, le peu de satisfaction et de plaisir inhibent notre capacité naturelle à agir et réagir. La tête et le cœur s’alarment, les défenses sont convoquées mais ne pouvant se résoudre dans l’action, elles s’impriment en tensions qui brident le mouvement : on est mal, on bouge peu ou mal et on compense en consommant plus. Lire la suite de cette entrée »