28
novembre
2014

Les principes du TaiChiChuan

Cette réflexion  du Mtre Wee Kee Jin me plaît beaucoup :

«  En TaiChiChuan, on ne fait pas de mouvement, on applique les principes TaiChi. »

En effet, on est souvent distrait par le vocabulaire en usage – saisir le queue du moineau, caresser l’encolure du cheval, jouer du Pipa…et on ne voit plus ce qui se cache derrière ou plutôt dedans.

L’image est là pour éveiller la sensibilité, favoriser la mémorisation, transmettre en langage crypté mais elle ne dit pas l’essentiel de l’art interne.

ART INTERNE

L’interprétation la plus fréquente le distingue de la pratique dite externe qui met en valeur la performance musculaire, force, résistance, rapidité, brutalité .

La plus pertinente reste pour ma part,  la référence à l’intériorité et à l’intimité.

Qu’est ce à dire ?

Outre le rapport à l’espace intérieur, Sans césure du corps à l’esprit,  j’y vois un rapport de cause à effet ainsi qu’un projet existentiel.

– Causalité –  l’esprit s’organise en une intention qui initie l’action,

– L’énergie – tout à la fois information nerveuse, sang et souffle allume le trajet de l’action

– Les référents internes  produisent la suite physiologique du mouvement.

DONC, c’est d’abord affaire d’esprit !

Certes, on ne s’en rend pas clairement compte quand on débute mais il y a quelque chose dans l’esthétique et la lenteur qui nous parle d’un choix de vie.

Comme on parle de méditation en mouvement, je parle de philosophie du mouvement à entendre comme un choix de vie bonne sous le signe du mouvement, du devenir en accord avec la force de la douceur.

Ensuite, on parle d’énergie (Qi).

Là cela se complique un peu tant le terme est vague.

Mais justement l’énergie n’a pas de forme et se prête à toutes les formes pour produire ses effets.

L’énergie, on la ressent clairement quand on en a : On est en forme, on a de l’idée et du souffle, on est enthousiaste, plein d’entrain…Tout ce qu’il faut de vitalité pour aller avec la vie sachant dépenser sans gaspiller et nourrir sans nuire.

Dans le corps l’énergie ne se distingue pas du souffle (air) et du sang ni de l’information nerveuse (sensitive et motrice) et, dans cette optique le corps rassemble toutes nos facultés et nos potentialités connues et inconnues selon la formule proposée par F. Billeter.

Enfin, on bouge à partir du centre.

l’économie du mouvement associe la détente et l’alignement postural.

Pour produire ses effets, une force a besoin de points d’appui; les repères internes seront les lieux d’appui et de passage des forces.

« La force s’enracine dans les pieds, se développe dans les jambes, s’oriente dans le bassin, voyage dans la colonne vertébrale pour fleurir dans le geste et le regard »

DONNER : Le pied touche le sol, il entre en contact avec la terre et y trouve des appuis pour exprimer des forces de poussées ascendantes qui sont amplifiées par le genou et la hanche coxo-fémorale. L’assise du bassin efface l’excès de cambrure lombaire et permet à la force de monter le long de la C.V. pour fleurir dans le regard et, passant par l’épaule sortir par la main.

RECEVOIR : Le pied fait office de prise de terre, il se connecte pour laisser passer le courant descendant, le genou amortit, le bassin s’assied, la portion lombaire laisser couler les forces vers le bas. La stature se maintient mais libère en elle-même les passages ( relais – rouages – chacras )de la force, comme une coulée descendant à la rencontre du sol.

YIN / YANG

Donner ( Peng) et recevoir (Lu) sont les deux grandes dynamiques recyclant perpétuellement les énergies contrastées et concourantes qui produisent beaucoup d’effet sans beaucoup d’effort.

décembre 2014 – à suivre…

 

2
mai
2014

Aux Ateliers de LA MAIN FRANCHE, le QIGong parle français

Dans la sphère des pratiques  TaiChiChuan et  Chi Cong, j’éprouve aujourd’hui une réticence à l’emploi des termes chinois.

Dans mes trente cinq ans de pratique, j’ai essayé d’apprendre le chinois, j’ai lu diverses traductions autorisées, j’ai étudié l’approche médicale traditionnelle où j’ai fréquenté chinois et sinologues.

Depuis la lecture de  l’art chinois de l’écriture , il y a une quinzaine d’années, les réflexions de  *Jean François Billeter  m’invitent à puiser dans ma langue maternelle pour retrouver le contexte où faire résonner la puissance évocatrice des images et des concepts chinois anciens.

Ne plus  « faire «  du ChiCong mais être dans une culture énergétique, en quelque sorte.

 

premier temps – août 2013

Energie, souffle, dynamisme, ambiance …le  Qi ne tient en place

en tous cas pas dans le territoire défini d’un unique mot français.

C’est qu’il est changeant par nature, comme le temps, comme l’air ou l’humeur, il se transforme; c’est bien là sa spécificité.

L’étude des caractères ouvre sur la bio-logique,  la vie « entre ciel et terre » où la puissance solaire mobilise des masses d’air et d’eau

qui s’échangent en souffles et vents, vapeurs et pluies pour animer la terre. (Voir Wieger, leçon étymologique 98.)

L’humain est concerné par nature, sa présence, sa cuisine et ses souffles participent du Qi.

Tout est Qi, de la matérialité à la subtilité, car ce qui n’a pas de forme particulière se prête à toutes les formes et toutes les applications.

Le Qi connaît des états, des changements d’états et des mouvements que l’on peut décrire en yin/yang quand on choisit ce langage.

En intimité avec la vie, il signe la vitalité et la vivacité.

 

Le Qi Gong ou la culture du Qi.

Tout un projet ! Cultiver la vitalité, prendre soin de ce qui nous rend vivant et s’exprime dans l’émergence d’une personnalité et d’un projet.

La sagesse antique invite à «suivre le Dao», à adhérer au mouvement de la vie sans nager à contre-courant.

Mais encore ? Suivre le naturel voilà qui est bien étrange pour l’homme façonné par une culture.

C’est que ce naturel se cultive lui-aussi, il se retrouve par l’exercice de l’esprit,  la méditation et  la pratique artistique.

C’est une provocation – Cultiver le naturel lors  même que l’on est immergé dans toutes nos contraintes actuelles.

Faire corps avec la vie invite à partir du corps dans la conscience de cette pleine adhésion.

Comment passer de la confusion initiale à la présence harmonieuse?

Par un double mouvement d’écart et de retour.

L’écart par un processus de distinction et de conscience de soi,

le retour par un processus spirituel d’adhésion à la vie et au monde.

Accéder à l’individualité en mode personnel et à la participation en mode collectif.

Assumer la nécessité pour trouver la liberté.

On peut alors aborder au bonheur simple d’être. Ici et là à la fois, en soi et avec le monde, pour soi, dans et par le monde.

*  L’art chinois de l’écriture  chez Skira et  Leçons sur Tchouang-Tseu et autres publications aux éditions Allia

 

21
avril
2014

Du style et des figures enTai Chi Chuan

 

Quand on parle Tai Chi Chuan en français, on parle FORME et de style  en référence à la pratique en solo.

On entend que le pratiquant met en forme et donne corps aux principes abstraits qui inspirent le TJQ : Verticalité entre Ciel et Terre, détente et enracinement, fluidité de l’intention au geste…

Dans le dictionnaire historique de la langue française j’ai trouvé le mot FIGURE pour dire la forme, l’aspect, l’allure et le comportement.

Le latin fingere parlait de modeler l’argile pour représenter d’où la figurine qui montre et permet de se figurer.

Le sens s’est élargi vers le dessin, le portrait puis la représentation graphique d’un signe pour donner forme à une abstraction.

Ainsi des chiffres ou de l’écriture mais aussi d’une suite programmée de gestes comme le sont les FIGURES de la danse ou les figures imposées du patinage artistique.

 

Dans nos chorégraphies, on retrouvent toujours des séquences telles que «la queue de l’oiseau, brosser les genoux ou les mains-nuages que j’appellerais volontiers les FIGURES du TJQ.

Nous pratiquons donc un ART FIGURATIF qui donne à voir par des formes et des mouvements.

 

Dans l’art de la rhétorique, on emploie des FIGURES DE STYLE  qui permettent un écart par rapport au sens initial ou à l’étymologie.

elles nous transportent vers un autre niveau de compréhension passant du sens littéral au sens FIGURE.

Et voici que l’on saute du formel à l’informel pour aller au-delà de la matérialité du geste.

Le STYLE caractérise l’individu qui se met debout (le grec stulos = colonne) et s’exprime avec une présence qui lui est propre : Son corps parle avec un rythme, un tempo, des cadences et un flux particulier.  On pourrait dire qu’il a son écriture, sa GRAPHIE propre ( stilus = le stylet pour graver et écrire).

Parler de CHOREGRAPHIE prend alors plus de sens pour évoquer la danse TaiChi qui trace ses gestes dans l’espace en jouant de tensions variables

( danser et tendre se rejoignent étymologiquement).

L’artiste martial construit son oeuvre, il est en même temps matière première, outil et oeuvre, il reçoit l’information de ses prédécesseurs et la partage avec ses pairs.

La maîtrise vient avec le temps et l’appellation maître ne vient que de la reconnaissance de ceux qu’il inspire.

Peaufiner sa chorégraphie, jouer des figures et des formes, les charger des principes fondamentaux, leur donner du sens  aide à trouver et à affiner l’accord entre le style du geste et le style de vie.

UNE VIE D’ARTISTE OÙ L’AUTHENTICITE NE VIENT QUE EN S’ENTRAÎNANT.

24
mars
2013

Le corps Tai Chi

Qu’est ce que le Tai Chi chuan, c’est quoi le Chi Gong ?

Souvent posée, la question se résout  par une invitation à la pratique. C’est que les formules consacrées – gymnastique douce, méditation en mouvement, culture de l’énergie – ne vibrent pas dans les corps et que les mots restent indigestes quand ils ne sont pas mis en chantier.

Le Chi Gong n’est soluble que dans l’expérience personnelle !

Cependant, je désire partager quelques repères sous le thème du « Corps Tai Chi ». Je parle du corps car c’est avec lui que l’on entre dans l’expérience de soi et je dis TaiChi pour rendre compte de la globalité de l’aventure. Le cerveau est dans le corps et la conscience vient avec le cerveau ainsi, l’esprit est dans le corps comme le corps est dans l’esprit. Prenons le temps de jalonner le parcours allant de la mécanique à l’énergétique et de l’énergétique à la philosophie.

D’abord La machine corporelle – l’homme debout.

Le corps mécanique s’articule autour du confort et de l’économie dans la stabilité et le mouvement. L’ajustement vertical offre le plus grand confort pour gérer la pesanteur qui ramène tout à la terre

Sous le contrôle du système nerveux , on y voit :

  • Une charpente osseuse – où tous les segments s’adaptent les uns aux autres par le biais de rouages et d’engrenages.
  • Un moteur musclé – des forces musculaires qui stabilisent et mobilisent globalement et localement.
  • Un tissu conjonctif – des tendons, des ligaments, des enveloppes et des fluides qui font de l’ensemble une mécanique intégrée.
  • Une dynamique pneumatique – spires et re-spire en continu gonflent et relâchent le mannequin.

La détente se dit par trois :  relâchement, étirement et tonification 

  1. Le relâchement des tensions superflues pour libérer les structures bridées.
  2. L’étirement par éloignement des extrémités pour maintenir souplesse et connectivité.
  3. La tonification pour reprendre confiance dans les appuis.

Ces trois là jouent autant dans le corps que dans le coeur et l’esprit.

Notre référence sera la posture TaiChi

On se pose sur le sol pour prendre appui et se redresser et d’autre part, on se tient, se maintient et s’anime entre aisance et puissance. La colonne vertébrale est un pilier mobile, un empilement de pièces articulées, interconnectées par des ligaments et des muscles. Les vertèbres ont chacune leurs spécificités fonctionnelles pour porter, supporter et faire tourner la machine. Debout, on s’abandonne à la pesanteur en lâchant les crispations de notre personnage quotidien et on s’oppose directement à la chute en éveillant un tropisme solaire qui nous étire comme  la plantule  poussant sa pointe vers la lumière. Cette double invite ajuste l’alignement, la détente et l’étirement. On s’abandonne à la terre pour augmenter la stabilité et le poids, on s’étend vers le soleil pour accroître vigilance et légèreté. Le train inférieur, des pieds au bassin condense l’appui et la force liés à la terre, le train supérieur de la main à l’omoplate et à la tête exprime l’acuité et la lucidité solaire et l’axe vertébral joue avec élasticité pour transmettre les informations statiques et dynamiques.

Le mouvement et le geste

Ici encore, la colonne vertébrale est au centre. elle est l’axe, le moyeu, le pivot et le premier moteur. L’intention naît du ventre, du coeur et de la tête alors que les jambes portent les mains là où elles sont efficaces. En pratique, ce sont différents niveaux de l’axe vertébral qui prendront l’initiative  pour orienter le mouvement et adresser le geste… Le prochain article reprendra le fil du mouvement à partir du corps organique.

3
décembre
2012

L’assise tranquille

Depuis la mi-septembre, la séance Tai Chi Chuan du jeudi 11h00 est précédée d’une demi-heure d’assise méditative. Je savais précieux le suspens de l’agitation habituelle mais je n’osais le proposer tant le mot « méditation » pesait lourd de ses connotations spirituelles, religieuses et ascétiques. Les stages de Danza Duende sont émaillés de courtes pratiques d’intériorisation et la simplicité de l’approche m’a convaincu. Aujourd’hui, un temps d’assise tranquille ouvre  la séance de Taichi.

Cela s’appelle  – Vivre en amitié avec soi-même!

Le thème initial est celui de l’oeuf.

La forme ovoïde permet d’inscrire le corps en posture assise. L’image est plastique, modulable à souhait, elle facilite des représentations qui autorisent diverses mises en oeuvre de soi. La coquille présente un dôme et un fond, tête et pelvis forment les 2 pôles. Elle est solide et poreuse; elle délimite et permet la communication. L’intériorisation dans sa coquille n’est pas un enfermement mais un préalable utile à la clarté du propos : reprendre l’aventure de la construction de soi.

En arrière, le dos et le dossier, nous sommes adossés à la colonne vertébrale, notre charpente osseuse, pilier de notre redressement.

En avant, la face, la poitrine et le ventre dessinent la panse, des contenants faisant écho à diverses modalités symboliques de notre présence:

En bas, le bassin, l’assise et le réservoir des possibles – les tripes et la force intime, le sexe et le vouloir-vivre.

Au milieu, la poitrine et le coffret thoracique, contenant de élans du coeur , de ses désirs et de ses freins

En haut, la tête et la boîte crânienne – lieu des représentations, de la conscience et de l’intelligence qui permet de changer les points de vue.

Tout est dans l’oeuf.

Le souffle est le fil conducteur, il porte la sensation qui chemine à travers le corps. Peu à faire et beaucoup à défaire, le sourire est là pour dénouer et lâcher ces tensions inutiles qui contiennent et empêchent l’expression d’une présence plus joyeuse.

Et tout commence avec TOI…

Au plaisir de vous rencontrer.

3
octobre
2012

Ma perspective TaiChi en 2013

Bonjour,

plus de trente ans déjà et l’aventure taichichuan continue à Namur. Même motivation : une voie de bien-être ou de mieux-être partagé. Même constat : Le corps est au départ de notre présence, de notre conscience et de notre action. Prenons-en soin, aimons-le.

Autour d’une affirmation :  Le plaisir  est le moteur des apprentissages heureux –  Evitons ce qui le gâche, cherchons à ouvrir la pensée et le coeur, lâchons les croyances toutes faites et cultivons la curiosité et le sens de l’autre.

Depuis 1983, ma pratique  TaichiChuan s’accorde  avec le style Yang Michuan . Elle s’est continuellement ajustée à la fréquentation d’autres styles – Rencontres Jasnières, TaiChiT’cho, Lalita, Hannover…

J’ai creusé la compréhension énergétique avec une formation en médecine chinoise, j’ai approfondi le rapport physiologique dans la thérapie manuelle/ostéopathie, j’ai approché ses résonances chamaniques – souffle et son, voix et rythme, j’ai écouté les résonances symboliques de la tradition – orient/occident, j ai bien sûr creusé l’essence martiale conjuguant l’efficacité défensive et la bonne santé.

Depuis une dizaine d’années, la danse est venue compléter le sens de la relation et du plateau – espace/temps avec Laurence – TaichiTango avec Jo. Aujourd’hui, Danza Duende avec Yumma, met l’art au rang d’une sagesse au quotidien. Une invitation à plus de conscience pour « danser sa vie et vivre sa danse ». Réveiller la bonté et la beauté profonde de chacun, sentir l’interdépendance des humains dans une société plus harmonieuse.

Un égoïsme altruiste qui se réjouit du bonheur des autres, ne souffre pas du malheur et s’attache à aider.

Voilà qui ne change pas le contenu mais clarifie le propos : mieux-être, plaisir et contagion sur base de culture de l’énergie et du sens de l’autre.

Les occasions:

  • ChiGong : intériorisation / espace-temps / 6 animaux / 4 éléments / les spirales / les tours pivots / bâton court
  • TaiChiChuan : forme courte 13 de base / forme longue 3 duans / formes à l’éventail et au bâton long
  • Tui Shou : la relation duo / duel – guerrier Duende – un art martial pour la paix
  • TaiChiTANGO :  Le voyage dansant du tango argentin dans une exploration évolutive de ses composantes : posture, pas, abrazo, musiques et rythme.

Au plaisir de vous revoir.

26
novembre
2010

La philosophie Tai Chi

La philosophie Tai Chi : une pratique existentielle.

La pratique du Tai Chi Chuan, sa gestuelle et ses variations de style à orientation martiale ou récréative nous font facilement oublier que derrière ce que l’on en voit vibre une vision du monde et de l’homme.

Dao

Pour évoquer la vie, son foisonnement et sa marche en continu, on parle du Dao. Un processus créatif qui va de soi et embarque toutes les existences particulières. On dit usuellement la Voie, en français. On ne peut se l’approprier, on en voit les traces; on en fait partie et on ne peut qu’y adhérer. Des acceptions particulières font entendre qu’il s’agit d’un chemin de développement personnel au sens d’une réalisation intérieure. On parle ainsi de la Voie des arts martiaux (BuDo) au sein de laquelle des adeptes pourront trouver leur Voie et, éventuellement se frayer un chemin dans la vie. Quand on s’interroge sur la vie, ses origines ou son commencement, on bute sur la question de l’avant. Qu’est ce qui avait avant?

Wu Chi (sans trace,sans origine).

C’est le mystère initial. On essaye de comprendre, de saisir quelque chose en remontant au début mais, on a beau scruter l’horizon de notre entendement on ne distingue rien. Silence, vide, obscurité !

Tai Chi (l’Un, le Tout et le principe).

Mais il faut bien commencer alors, on parle d’un point ou d’un moment inaugural. La vision s’organise, l’entendement trouve un repère, un point d’appui. On peut commencer à comprendre. Tai Chi, le principe universel se donne comme point de départ et comme règle qui gouverne l’ensemble de la manifestation. En un sens plus particulier, l’individu est un Tai Chi, son corps organisé est un Tai Chi. Ce principe qui couvre tout l’édifice s’appréhende par l’harmonieux déséquilibre yin/yang.

Yin / Yang

C’est la coïncidence, la concurrence et l’intégration dynamique de deux polarités opposées et complémentaires. Au coeur de la globalité Tai Chi, les souffles Yang, plus subtils s’élèvent et vont former le Ciel alors que les souffles Yin, plus lourds se condensent pour former la Terre. Ainsi, au Ciel qui nous couvre, la puissance solaire, l’esprit et l’initiative créatrice, A la Terre qui nous porte, la gestation, la nutrition et la mise en forme des projets et des corps. Entre les deux pôles yin / yang s’inscrit toujours un écart, un vide essentiel qui permet leur relation continue. Sans distinction il n’y a que confusion et sans vide médian pas de relation.

Le vide et l’énergie, le Chi

Le Vide est le lieu de la vie, sans vide, pas de libre circulation. Le vide est la condition pour que les échanges et transformations Yin/Yang puissent opérer. De la matière palpable à la matière subtile, tout est Chi et c’est la dynamique yin/yang qui active le Chi. Nos sens n’appréhendent que les apparences mais le fil conducteur yin/yang nous aide à saisir le fonctionnement caché. Ce regard sur la vie et son fonctionnement peut paraître naïf mais il a le grand avantage d’être pratique et praticable. L’exercice du Tai Chi Chuan y prend ses références et la méthode d’entraînement implique la mise en oeuvre consciente du Tai Chi, c’est à dire du Yin/Yang c’est à dire du vide et du Qi.

Entrer dans la Voie du Tai Chi c’est remettre en jeu et en chantier la construction de soi et de ses rapports aux autres et au monde et c’est là le projet Jisei Do tel que formulé par Kenji Tokitsu et pratiqué dans nos cours.

18
octobre
2010

A propos du Qi Gong et de l’énergie

Le paysage TaiJiQuan se construit sur la référence au Qi et à la dynamique yin/yang. Tout comme il est insatisfaisant de chercher à traduire en français le nom  TaiJiQuan , il est tout aussi illusoire de trouver une traduction satisfaisante au terme Qi Gong. Mais, en fin de compte, peu importe, il est plus utile de préciser ce que l’on entend et propose sous cette appellation d’origine chinoise. Partant de la traduction usuelle de  Culture de l’énergie , je propose de situer la pratique dans une perspective éducative. Reprenons pas à pas.

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7
juin
2010

Le Tai Chi Chuan, un art martial ?

Le Tai Chi Chuan aujourd’hui est-il un art martial ?

Il est bien malaisé de répondre catégoriquement à la question. Certains choisissent clairement d’abandonner l’idée martiale et pratiquent une gymnastique de santé ou une danse où se cultive l’énergie selon la perspective d’une tradition chinoise dite taoïste. La difficulté vient de ceux qui optent pour l’art martial mais ne peuvent en définir les contours et les implications.

Essayons d’éclairer le propos…

Si Mars est bien lié à l’art de la guerre

on ne peut que sourire de la lenteur, de la douceur et de l’imagination de ceux qui jamais ne se vérifient dans l’affrontement. Aller au combat invite à se forger un corps et un mental capable de tenir le choc. Il faut se renforcer. Savoir clairement ce que l’on veut et être prêt à s’exercer assidument. Qui dit force dit muscles et ossature, sang et souffle, coordination neuro-motrice et entraînement. Mais, là où le sport invite à se construire dans la performance – plus lourd, plus vite, plus loin – le Tai Chi Chuan valorise l’exercice interne.

Exercice interne, Qi Gong, qu’est-ce-à-dire ?

Le concept d’énergie ( Qi) ne sépare pas le souffle du sang et de la globalité du corps mais la culture de l’énergie (Qi Gong)  y ajoute la pensée c’est à dire, la représentation imagée de ce que l’on veut faire et l’écoute c’est à dire, l’éveil d’une sensibilité consciente pour sentir et ressentir. Ici, la résistance est imaginée en même temps que le mouvement et, plus elle est importante, plus l’effort est conséquent!

La formule est intelligente. Pas de matériel, pas de tenue, pas de lieu spécialisé. Une détermination tranquille et une concentration souriante pour « allumer » les circuits sensori-moteurs qui portent le geste intégré. Une ligne à haute tension qui court de l’appui au sol à la main qui agit, de la profondeur de l’os jusqu’à la peau  en passant par tous les rouages mécaniques et  énergétiques où  la force prend appui.

Toujours, on soigne la détente en relâchant l’excès de tension, toujours on cherche l’allongement en éloignant les insertions et toujours on intègre l’action locale à la globalité de la posture. Peu d’effort musclé et beaucoup d’effet. On sollicite non seulement la suite musculaire qui fait l’action mais aussi celle qui s’oppose à l’action et on joue de l’alternance et de la coïncidence ( la dynamique Yin/Yang) des actions contrastées ( tirer/pousser, étirer/concentrer, lever/abaisser,…). Peu de déchets métaboliques et pas de fatigue profonde avec, au contraire, une transpiration salutaire et une sensation tonifiante.

Si la lenteur est nécessaire pour construire la robustesse et faire le geste plein, l’expression peut être explosive, libérant dès le départ une grande énergie sur une courte distance.

La pratique martiale de Tai Chi Chuan , au sens plein du terme, associant lenteur et vitesse est peu répandue. Elle se construit sur les différents 3 registres usuels de l’entraînement :

  1. Les QiGong statiques et dynamiques; une ou des formes condensant le répertoire gestuel
  2. L’exercice en duo/duel, de « la poussée des mains » tui shou au san shou, forme libre de combat associant les percussions, balayages, prises et projections. Dans cette orientation, il ne suffit donc pas de pratiquer la poussée des mains en douceur ou en force, de faire des applications d’auto-défense pour justifier les séquences formelles ou de développer des forces inusitées par le Qi Gong pour se qualifier de martial.
  3. Seule l’expérience du combat libre inculque cette science du combat. Le respect de soi et le respect de l’autre font partie de l’enjeu. Il s’agit de ne pas se blesser.        Aller plus loin dans le réalisme de l’affrontement relève moins de l’art que de la guerre ou l’autre n’est qu’un obstacle à éliminer.

Si Mars est une référence symbolique

invitant à conserver l’acuité de l’art martial dans la formation de soi, il n’y a pas lieu de sourire devant la douceur d’une philosophie qui dépasse l’affrontement par la non résistance et invite chacun à ne pas se faire l’adversaire.

En effet, il en faut au moins deux qui s’opposent pour nourrir la brutalité du combat;  le Taichichuan invite à ne pas être celui qui servira d’appui à la force adverse.

La grande force se cache dans la douceur et l’aisance. Il faut être solide pour s’ouvrir à la vulnérabilité, pour accepter et accueillir l’agression sans en souffrir laissant l’attaque s’annuler dans le vide de la non résistance.

Ainsi, la vulnérabilité se cultive dans l’éducation martiale car il ne s’agit pas de se soumettre par débilité, paresse ou lâcheté mais de choisir  la liberté. Ni agressif ni craintif, à l’image de l’eau qui emplit les creux, contourne les obstacles, dissout ou ravine, se vaporise avec la chaleur et durcit avec le froid le pratiquant cultive la transformation et l’adaptation.

Joindre la force et la fluidité, la légèreté et la pression, la malléabilité et le surgissement, le calme et la créativité, tel est l’esprit Taichi où le plaisir est la lanterne qui éclaire le chemin.

Jean-Luc

1
février
2010

La culture énergétique, une mutation existentielle

On est parti d’une réflexion sur la détente, abandon des tensions parasites pour arriver à la notion d’une tension harmonieuse, c’est à dire un détente active qui accepte l’usage d’une force bien dosée répartie sur l’ensemble du système.

Le troisième temps de cette réflexion met l’accent sur la continuité corps/esprit dans l’équilibre tension/détente. Sans corps, pas d’esprit et, sans esprit pas d’humanité .

La culture Tai Chi se réfère explicitement au cycle – intention / énergétisation / action où l’intention suscite l’énergie qui elle, porte le geste qui lui, libère la pensée. La pensée libérée, rendue disponible  pour un retour sur le résultat, engendre une réflexion puis, une autre intention et ainsi de suite. Plus on fréquente cette dynamique d’achèvement du cycle qui va de l’intention à l’acte, plus l’agir devient efficace pour devenir progressivement une manière d’être et de se comporter dans l’existence. On verra ainsi se conjuguer:

  1. Un premier temps, très pragmatique, qui incite à clarifier l’intention, à la simplifier et la préciser. On parlera de centrage plus que de concentration. Choisis ce que tu veux, évite ce que tu ne veux pas  et fais ce que tu fais!
  2. Un deuxième temps nous disant : écoute, sois réceptif à l’énergie. Réveille tes sens! Sentir et ressentir pour tirer davantage du presque rien quotidien. Les sons, les goûts, les couleurs, les odeurs, les textures, la chaleur, les présences,…tout est dans la nuance et rien n’est sans effet. La jouissance de soi invite à se réjouir! La pensée laisse sa trace dans le corps. Comme c’est beau, comme c’est bon, comme c’est doux!,….autant d’occasions de laisser résonner les effets d’une pensée de la jouissance heureuse.
  3. Un troisième temps incite à la curiosité. Apprendre pour comprendre et cultiver l’interrogation. Hors de notre portée immédiate s’organise le monde. Si le trop grand, le trop petit ou le trop complexe arrivent à nous par la  techno-science, c’est surtout par l’intelligence partagée avec tous ceux dont on procède que l’on y a accès. Curiosité rime avec créativité. Découvrir les autres qui ont imaginé, inventé et composé des oeuvres inédites, inouïes et impensées. Mais découvrir aussi notre propre créativité source de création et de recréation.

Le devenir est toujours en mouvement dans le processus de vieillissement. Mais Il s’alimente du suspens dans le processus de rajeunissement. Suspendre l’agitation pour rencontrer  la différence, l’inconnu, l’ailleurs ou l’autrement et découvrir le plaisir de l’autre.

Penser prépare ou inhibe. En ressentir physiquement les effets c’est accepter l’émotion et commencer à lire l’histoire de sa vie. Vaste proposition qui invite à laver ces yeux qui semblent regarder le monde alors qu’ils y projettent notre entendement et notre représentation. Il convient de reprendre l’aventure oubliée, celle de l’enfance et de notre construction mentale. On se réserve le droit d’inventaire des idées reçues, des a priori et des croyances qui bornent notre horizon. On interroge le socle culturel sur lequel s’est bâti notre perception:  Qu’avons nous implicitement accepté et enregistré comme idée du monde?

Observateurs et acteurs, nous sommes pleinement embarqués dans l’aventure qui crée notre monde «à notre image». La détente réactive la capacité à suspendre le mouvement pour inventer  c’est-à-dire pour revenir à soi et en soi, faire l’inventaire et imaginer d’autres issues. Exercice perpétuellement inachevé, le processus fait encore et toujours appel à la détente. L’abandon des fixations inutiles est toujours d’actualité car chaque idée engendre sa logique et l’idéologie, la logique d’une idée impose des crispations et des arrêts là où il est préférable de fluidifier.

Une philosophie du bien-vivre. Le plaisir d’être là, est en rapport avec notre ouverture d’esprit. La tension harmonieuse nourrit la sensibilité et accroît la sensualité. La jouissance est à l’honneur : Se libérer ou tout au moins s’alléger, choisir d’être heureux pour partager son plaisir avec qui le peut et qui le veut.

Cette proposition hédoniste invite au choix, non au retrait du monde, à la conscience éclairée et non à l’extinction de ses désirs.

Détente et tension harmonieuse n’invitent ni à subir par mollesse ni à dominer par stratégie mais, tout à la fois, à suivre et conduire son attelage pour aller avec plus de lucidité paisible et amoureuse.