20
mars
2015

à propos d’harmonie yin / Yang

La pratique du TaiJiQuan valorise la recherche d’harmonie.

Harmonisation de la personnalité, intégration dans la société des hommes et dans l’environnement naturel et culturel par l’exercice de l’esprit, du corps et du souffle.

Le terme harmonie n’évoque pas simplement le bon assortiment des couleurs ou des sons, sa vibration ouvre des implications plus fondamentales.

Laissons d’abord résonner les mots construits avec le radical °ar, °er, °r  :

L’ART

l’artiste et son talent créatif  associe de manière inédite ses « objets » pour  faire de la musique, de la danse, du dessin, des films, des mets et des mots…

L’artisan et son savoir-faire avec la méthode de ceux qui mettent la main à la pâte.

In-ars = inerte, inhabile à, sans capacité, sans énergie.

 

L’article

artus, le noeud d’une pousse, la jointure, les membres et plus spécialements les orteils (les artiches et les arpions ),

les parties numérotées d’un texte, l’article premier et, dans le registre du temps, le moment, à l’article de la mort.

ARTiculation

avec l’idée de relier les choses les unes aux autres pour leur bon fonctionnement.

ARme

armus – l’épaule, le bras d’où l’anglais arm . Les armes, initialement armure, casque, genouillère..s’ajustent adéquatement au corps.

Arithmétique

qui traite des nombres, des parties et  distingue les unités pour calculer les opérations de base.

Rite

Rtam en sanscrit et ritus en latin pour la notion d’action rituelle qui organise l’espace et le temps, la conscience et le groupe.

Rythme

parle de l’écoulement temporel, du temps qui passe et se mesure dans le mouvement, les mouvements successifs.

De tout cela, me semble émerger l’idée de l’organisation fonctionnelle d’un système complexe. Complexe  c’est à dire composé d’un ensemble de plusieurs éléments en relations intriquées. Pour que cela fonctionne, Il importe que toutes les parties s’adaptent les unes aux autres, que les emboîtement soient congruents et le mouvement fluide.

Immergé dans la  complexité  vivante, on s’adapte, porté par le flux, on suit le mouvement global.

L’intelligence du mouvement invite à distinguer les différents composants de l’ensemble,  à clarifier leurs rapports, sentant ce qui les distingue  et ce qui les oppose puis ce qui les rassemble et enfin à savourer l’effet obtenu par leur conjonction.

C’est le propre de la lecture yin/yang qui distingue des oppositions dynamiques dans l’apparente unité des phénomènes alors même qu’elle fait pressentir l’unité globale derrière les apparentes contradictions.

Ainsi, l’art de TaiJiQuan, l’art martial fait de nous des artistes càd des gens qui cultivent un savoir-être et un savoir-faire face à la complexité de la vie et ce d’une manière personnelle, originale. Cette originalité n’a pas à voir avec l’égoïsme du propriétaire ou du consommateurs mais avec le désir d’authenticité de celui qui veut  assumer sa spécificité ( personne d’autre n’a été, n’est, ni ne  sera identique).

Originalité qui n’a pas non plus à voir avec le souci de se faire remarquer, de se différencier par un quelconque artifice mais bien de prendre la responsabilité de son identité dans la société des hommes .

La quête d’harmonie s’appuie sur le besoin de sonner juste dans le concert des vivants;  c’est un voyage entre amour, connaissance de soi et invention de soi, entre conscience de soi et identité en devenir.

L’éthique  c’est-à-dire de manière très concrète, l’ensemble de fins et de principes qui dirigent mon existence, invite à  sortir de l’anonymat pour entrer dans la subjectivité assumée et s’inscrire dans la nature et dans la culture. C’est une écologie, une logique qui intègre harmonieusement le sujet, le citoyen et la terre.

Gageons que l’exercice  taiJiQuan gagne en humanité dans cette vision de l’art et de l’harmonie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

9
février
2015

Corps visible / corps invisible

 

 

Apparent / caché , visible / invisible, explicite / implicite.

Encore une variation Yin/Yang dans l’univers TaiChi.

C’est simple – ce que l’on voit est en relation intime avec ce que l’on ne voit pas.

Ainsi du corps, du geste et du comportement, on ne voit pas tout ce qui est caché dedans !

 

En route vers l’invisible !

TOUT COMMENCE AVEC TOI, LE CORPS EST PREMIER, il est au départ de l’exercice.

Dans ce sens, le corps ne se limite à la compréhension usuelle, il est l’ensemble de nos facultés, de nos possibilités et de nos ressources, celles que l’on sait comme celles qu’on ne sait pas.*

On est visible dans une manière d’être là, une présence dont le corps témoigne.

 

Celui que l’on voit agir, bouger ou se tenir tranquille est animé par des forces invisibles.

Dans cette perspective, l’exercice conscient devient un choix, celui d’une auto-éducation pour repenser les habitudes et les croyances dont nous sommes faits et installer un mode de comportement plus en accord avec ce que l’on aime et choisit.

 

Apparent / caché , visible / invisible, explicite / implicite.

Voici quelques repères

Sous la peau, le squelette.

La charpente osseuse, solide, vivante nous ancre dans la matière.

Sa structure, l’ensemble des éléments qui la compose est ordonné en fonction des forces et des charges qu’elle porte ou contient.

– Allongé au sol, on s’abandonne à la pesanteur, la charpente n’a rien à porter, elle repose.

-Debout, elle doit s’aligner dans la verticale pour tenir, des pieds à la tête.

C’est un acte de résistance et un exercice minutieux qui invite à la fois à l’abandon et à la tenue.

Entre le poids qui chute et la beauté qui tend vers la lumière on oscille autour d’une fugitive stabilité.

-En mouvement, elle cherche des appuis pour les forces qui la mobilise.

Cela met en évidence des zones clés : les pieds et le bassin, la colonne vertébrale et le port de tête qui forment les repères osseux du mouvement Taichi.

 

Au plus intime, la pensée.

L’esprit, la pensée, l’intention, le propos, l’idée… le système nerveux véhicule ses informations dans tout l’organisme.

Cela se traduit toujours, en fin de compte en contractions/ décontractions, mise en tension/détente pour ouvrir ou fermer, tenir ou lâcher…

  • Les muscles squelettiques mettent la pensée volontaire en acte quand, hors conscience, la musculature profonde ajuste le tonus postural
  • et que le système nerveux autonome maintient la stabilité du milieu intérieur qui permet la pensée.

Ainsi l’esprit s’enracine dans des dynamismes cachés en profondeur pour rayonner en pensées et gestes.

 

Entre les deux, le souffle régulateur

Le diaphragme s’active, il s’abaisse et appelle l’air, les poumons se gonflent puis se détendent- l’air rentre et sort.

Le mélange au sang et diffuse partout pour nourrir et nettoyer bref vivifier toutes les cellules.

 

Dans ce ternaire – Pensée – Souffle – Geste,  les forces internes se conjuguent.

L’intention mobilise, elle suscite l’énergie dans les cellules et allume des circuits neuro-musculaires en réponse aux sollicitations internes et externes.

Moteur médian, le souffle assure la cohérence entre le haut et bas, il ceinture et  gère la diffusion de l’énergie dans tout l’organisme.

Les forces prennent appui dans l’os, au sol et au fond du bassin, elles se propagent en suivant l’axe vertébral et fleurissent dans le geste, le regard et la parole.

Quand l’os est l’ancrage de l’esprit et le lieu du souffle,  intérieur et extérieur restent en harmonie.

 

* voir J-F Billeter in leçons sur Tchouang tseu chez Allia.

 

28
novembre
2014

Les principes du TaiChiChuan

Cette réflexion  du Mtre Wee Kee Jin me plaît beaucoup :

«  En TaiChiChuan, on ne fait pas de mouvement, on applique les principes TaiChi. »

En effet, on est souvent distrait par le vocabulaire en usage – saisir le queue du moineau, caresser l’encolure du cheval, jouer du Pipa…et on ne voit plus ce qui se cache derrière ou plutôt dedans.

L’image est là pour éveiller la sensibilité, favoriser la mémorisation, transmettre en langage crypté mais elle ne dit pas l’essentiel de l’art interne.

ART INTERNE

L’interprétation la plus fréquente le distingue de la pratique dite externe qui met en valeur la performance musculaire, force, résistance, rapidité, brutalité .

La plus pertinente reste pour ma part,  la référence à l’intériorité et à l’intimité.

Qu’est ce à dire ?

Outre le rapport à l’espace intérieur, Sans césure du corps à l’esprit,  j’y vois un rapport de cause à effet ainsi qu’un projet existentiel.

– Causalité –  l’esprit s’organise en une intention qui initie l’action,

– L’énergie – tout à la fois information nerveuse, sang et souffle allume le trajet de l’action

– Les référents internes  produisent la suite physiologique du mouvement.

DONC, c’est d’abord affaire d’esprit !

Certes, on ne s’en rend pas clairement compte quand on débute mais il y a quelque chose dans l’esthétique et la lenteur qui nous parle d’un choix de vie.

Comme on parle de méditation en mouvement, je parle de philosophie du mouvement à entendre comme un choix de vie bonne sous le signe du mouvement, du devenir en accord avec la force de la douceur.

Ensuite, on parle d’énergie (Qi).

Là cela se complique un peu tant le terme est vague.

Mais justement l’énergie n’a pas de forme et se prête à toutes les formes pour produire ses effets.

L’énergie, on la ressent clairement quand on en a : On est en forme, on a de l’idée et du souffle, on est enthousiaste, plein d’entrain…Tout ce qu’il faut de vitalité pour aller avec la vie sachant dépenser sans gaspiller et nourrir sans nuire.

Dans le corps l’énergie ne se distingue pas du souffle (air) et du sang ni de l’information nerveuse (sensitive et motrice) et, dans cette optique le corps rassemble toutes nos facultés et nos potentialités connues et inconnues selon la formule proposée par F. Billeter.

Enfin, on bouge à partir du centre.

l’économie du mouvement associe la détente et l’alignement postural.

Pour produire ses effets, une force a besoin de points d’appui; les repères internes seront les lieux d’appui et de passage des forces.

« La force s’enracine dans les pieds, se développe dans les jambes, s’oriente dans le bassin, voyage dans la colonne vertébrale pour fleurir dans le geste et le regard »

DONNER : Le pied touche le sol, il entre en contact avec la terre et y trouve des appuis pour exprimer des forces de poussées ascendantes qui sont amplifiées par le genou et la hanche coxo-fémorale. L’assise du bassin efface l’excès de cambrure lombaire et permet à la force de monter le long de la C.V. pour fleurir dans le regard et, passant par l’épaule sortir par la main.

RECEVOIR : Le pied fait office de prise de terre, il se connecte pour laisser passer le courant descendant, le genou amortit, le bassin s’assied, la portion lombaire laisser couler les forces vers le bas. La stature se maintient mais libère en elle-même les passages ( relais – rouages – chacras )de la force, comme une coulée descendant à la rencontre du sol.

YIN / YANG

Donner ( Peng) et recevoir (Lu) sont les deux grandes dynamiques recyclant perpétuellement les énergies contrastées et concourantes qui produisent beaucoup d’effet sans beaucoup d’effort.

décembre 2014 – à suivre…

 

2
mai
2014

Aux Ateliers de LA MAIN FRANCHE, le QIGong parle français

Dans la sphère des pratiques  TaiChiChuan et  Chi Cong, j’éprouve aujourd’hui une réticence à l’emploi des termes chinois.

Dans mes trente cinq ans de pratique, j’ai essayé d’apprendre le chinois, j’ai lu diverses traductions autorisées, j’ai étudié l’approche médicale traditionnelle où j’ai fréquenté chinois et sinologues.

Depuis la lecture de  l’art chinois de l’écriture , il y a une quinzaine d’années, les réflexions de  *Jean François Billeter  m’invitent à puiser dans ma langue maternelle pour retrouver le contexte où faire résonner la puissance évocatrice des images et des concepts chinois anciens.

Ne plus  « faire «  du ChiCong mais être dans une culture énergétique, en quelque sorte.

 

premier temps – août 2013

Energie, souffle, dynamisme, ambiance …le  Qi ne tient en place

en tous cas pas dans le territoire défini d’un unique mot français.

C’est qu’il est changeant par nature, comme le temps, comme l’air ou l’humeur, il se transforme; c’est bien là sa spécificité.

L’étude des caractères ouvre sur la bio-logique,  la vie « entre ciel et terre » où la puissance solaire mobilise des masses d’air et d’eau

qui s’échangent en souffles et vents, vapeurs et pluies pour animer la terre. (Voir Wieger, leçon étymologique 98.)

L’humain est concerné par nature, sa présence, sa cuisine et ses souffles participent du Qi.

Tout est Qi, de la matérialité à la subtilité, car ce qui n’a pas de forme particulière se prête à toutes les formes et toutes les applications.

Le Qi connaît des états, des changements d’états et des mouvements que l’on peut décrire en yin/yang quand on choisit ce langage.

En intimité avec la vie, il signe la vitalité et la vivacité.

 

Le Qi Gong ou la culture du Qi.

Tout un projet ! Cultiver la vitalité, prendre soin de ce qui nous rend vivant et s’exprime dans l’émergence d’une personnalité et d’un projet.

La sagesse antique invite à «suivre le Dao», à adhérer au mouvement de la vie sans nager à contre-courant.

Mais encore ? Suivre le naturel voilà qui est bien étrange pour l’homme façonné par une culture.

C’est que ce naturel se cultive lui-aussi, il se retrouve par l’exercice de l’esprit,  la méditation et  la pratique artistique.

C’est une provocation – Cultiver le naturel lors  même que l’on est immergé dans toutes nos contraintes actuelles.

Faire corps avec la vie invite à partir du corps dans la conscience de cette pleine adhésion.

Comment passer de la confusion initiale à la présence harmonieuse?

Par un double mouvement d’écart et de retour.

L’écart par un processus de distinction et de conscience de soi,

le retour par un processus spirituel d’adhésion à la vie et au monde.

Accéder à l’individualité en mode personnel et à la participation en mode collectif.

Assumer la nécessité pour trouver la liberté.

On peut alors aborder au bonheur simple d’être. Ici et là à la fois, en soi et avec le monde, pour soi, dans et par le monde.

*  L’art chinois de l’écriture  chez Skira et  Leçons sur Tchouang-Tseu et autres publications aux éditions Allia

 

21
avril
2014

Du style et des figures enTai Chi Chuan

 

Quand on parle Tai Chi Chuan en français, on parle FORME et de style  en référence à la pratique en solo.

On entend que le pratiquant met en forme et donne corps aux principes abstraits qui inspirent le TJQ : Verticalité entre Ciel et Terre, détente et enracinement, fluidité de l’intention au geste…

Dans le dictionnaire historique de la langue française j’ai trouvé le mot FIGURE pour dire la forme, l’aspect, l’allure et le comportement.

Le latin fingere parlait de modeler l’argile pour représenter d’où la figurine qui montre et permet de se figurer.

Le sens s’est élargi vers le dessin, le portrait puis la représentation graphique d’un signe pour donner forme à une abstraction.

Ainsi des chiffres ou de l’écriture mais aussi d’une suite programmée de gestes comme le sont les FIGURES de la danse ou les figures imposées du patinage artistique.

 

Dans nos chorégraphies, on retrouvent toujours des séquences telles que «la queue de l’oiseau, brosser les genoux ou les mains-nuages que j’appellerais volontiers les FIGURES du TJQ.

Nous pratiquons donc un ART FIGURATIF qui donne à voir par des formes et des mouvements.

 

Dans l’art de la rhétorique, on emploie des FIGURES DE STYLE  qui permettent un écart par rapport au sens initial ou à l’étymologie.

elles nous transportent vers un autre niveau de compréhension passant du sens littéral au sens FIGURE.

Et voici que l’on saute du formel à l’informel pour aller au-delà de la matérialité du geste.

Le STYLE caractérise l’individu qui se met debout (le grec stulos = colonne) et s’exprime avec une présence qui lui est propre : Son corps parle avec un rythme, un tempo, des cadences et un flux particulier.  On pourrait dire qu’il a son écriture, sa GRAPHIE propre ( stilus = le stylet pour graver et écrire).

Parler de CHOREGRAPHIE prend alors plus de sens pour évoquer la danse TaiChi qui trace ses gestes dans l’espace en jouant de tensions variables

( danser et tendre se rejoignent étymologiquement).

L’artiste martial construit son oeuvre, il est en même temps matière première, outil et oeuvre, il reçoit l’information de ses prédécesseurs et la partage avec ses pairs.

La maîtrise vient avec le temps et l’appellation maître ne vient que de la reconnaissance de ceux qu’il inspire.

Peaufiner sa chorégraphie, jouer des figures et des formes, les charger des principes fondamentaux, leur donner du sens  aide à trouver et à affiner l’accord entre le style du geste et le style de vie.

UNE VIE D’ARTISTE OÙ L’AUTHENTICITE NE VIENT QUE EN S’ENTRAÎNANT.

14
août
2013

Tai Chi, Chi Qong et le stress

Envie de se reprendre en main, besoin de se défouler, désir de changer, de s’échapper, de se vider ou de se remplir…

Le STRESS dit autant l’angoisse que l’énervement, la lassitude que l’agitation, la frénésie des désirs que la perte du goût et de l’envie.

Il signe et signale un désaccord intime .

Tu es à côté de tes pompes, sans écouter ni tes besoins ni tes souffrances,

Echoué dans un personnage, tu vis en te conformant à des idées toutes faites.

 » Apprendre à sentir les tensions parasites, tristes et inutiles,

Ressentir l’effet du sourire qui dissout les crispations et les noeuds

Consentir à lâcher ce qui encombre le corps,la tête et le coeur.  »

Une pratique régulière et harmonisée aux Ateliers de LA MAIN FRANCHE peut répondre à ce manque à vivre.

On y joue du corps en postures, étirements et mouvements fluides

On y joue de l’esprit, associant l’attention et l’intention pour affiner l’écoute

On y joue du souffle pour aspirer et souffler, sentir et ressentir

On y joue de la présence pour savourer la force de la douceur.

Il y a du silence et de la musique, des mots et des images.

Choisis tes vêtements et ton heure, la porte est ouverte !

24
mars
2013

Le corps Tai Chi

Qu’est ce que le Tai Chi chuan, c’est quoi le Chi Gong ?

Souvent posée, la question se résout  par une invitation à la pratique. C’est que les formules consacrées – gymnastique douce, méditation en mouvement, culture de l’énergie – ne vibrent pas dans les corps et que les mots restent indigestes quand ils ne sont pas mis en chantier.

Le Chi Gong n’est soluble que dans l’expérience personnelle !

Cependant, je désire partager quelques repères sous le thème du « Corps Tai Chi ». Je parle du corps car c’est avec lui que l’on entre dans l’expérience de soi et je dis TaiChi pour rendre compte de la globalité de l’aventure. Le cerveau est dans le corps et la conscience vient avec le cerveau ainsi, l’esprit est dans le corps comme le corps est dans l’esprit. Prenons le temps de jalonner le parcours allant de la mécanique à l’énergétique et de l’énergétique à la philosophie.

D’abord La machine corporelle – l’homme debout.

Le corps mécanique s’articule autour du confort et de l’économie dans la stabilité et le mouvement. L’ajustement vertical offre le plus grand confort pour gérer la pesanteur qui ramène tout à la terre

Sous le contrôle du système nerveux , on y voit :

  • Une charpente osseuse – où tous les segments s’adaptent les uns aux autres par le biais de rouages et d’engrenages.
  • Un moteur musclé – des forces musculaires qui stabilisent et mobilisent globalement et localement.
  • Un tissu conjonctif – des tendons, des ligaments, des enveloppes et des fluides qui font de l’ensemble une mécanique intégrée.
  • Une dynamique pneumatique – spires et re-spire en continu gonflent et relâchent le mannequin.

La détente se dit par trois :  relâchement, étirement et tonification 

  1. Le relâchement des tensions superflues pour libérer les structures bridées.
  2. L’étirement par éloignement des extrémités pour maintenir souplesse et connectivité.
  3. La tonification pour reprendre confiance dans les appuis.

Ces trois là jouent autant dans le corps que dans le coeur et l’esprit.

Notre référence sera la posture TaiChi

On se pose sur le sol pour prendre appui et se redresser et d’autre part, on se tient, se maintient et s’anime entre aisance et puissance. La colonne vertébrale est un pilier mobile, un empilement de pièces articulées, interconnectées par des ligaments et des muscles. Les vertèbres ont chacune leurs spécificités fonctionnelles pour porter, supporter et faire tourner la machine. Debout, on s’abandonne à la pesanteur en lâchant les crispations de notre personnage quotidien et on s’oppose directement à la chute en éveillant un tropisme solaire qui nous étire comme  la plantule  poussant sa pointe vers la lumière. Cette double invite ajuste l’alignement, la détente et l’étirement. On s’abandonne à la terre pour augmenter la stabilité et le poids, on s’étend vers le soleil pour accroître vigilance et légèreté. Le train inférieur, des pieds au bassin condense l’appui et la force liés à la terre, le train supérieur de la main à l’omoplate et à la tête exprime l’acuité et la lucidité solaire et l’axe vertébral joue avec élasticité pour transmettre les informations statiques et dynamiques.

Le mouvement et le geste

Ici encore, la colonne vertébrale est au centre. elle est l’axe, le moyeu, le pivot et le premier moteur. L’intention naît du ventre, du coeur et de la tête alors que les jambes portent les mains là où elles sont efficaces. En pratique, ce sont différents niveaux de l’axe vertébral qui prendront l’initiative  pour orienter le mouvement et adresser le geste… Le prochain article reprendra le fil du mouvement à partir du corps organique.

16
février
2012

Les « classiques » du Tai Chi Chuan

Des pratiquants, maîtres en la matière ont condensé leur compréhension du TaiJiQuan dans quelques textes que l’on a l’usage de nommer

les CLASSIQUES du TAI JI QUAN.

L’appellation  « Classiques » est la manière chinoise d’authentifier la valeur de la pratique. En effet, les livres classiques (Jing)  sont des textes fondateurs de la culture chinoise, ils sont vénérables et remontent aux temps primordiaux.

EN ce qui nous concerne, on cite : le classique du TaiJiQuan attribué Zhang SanFeng, le traité de TJQ de Wang Zong Yue et le chant des 13 postures

Mais ce n’est qu’au début du XXè qu’on été diffusés ces textes en référence  à l’ancienneté et  à l’authenticité d’un lignage. Ainsi parurent

1919 – TaijiQuan illustré par Chen Xin, érudit de la famille Chen

1924 – étude sur le TaiJiQuan par Sun Lu Tang

1934 – Principes et applications de TaiJiQuan par Yang ChengFu

1935 – les 40 chapitres des familles Wu et Yang.

Aujourd’hui que le TaiJiQuan a diffusé à travers le monde, que des commentaires de commentaires ont circulé, que des images et des vidéos nous inondent que nous importe ces textes ? Anciens ou récents, du nord ou du sud, d’un style ou d’un autre  c’est leur capacité à nous instruire et nous questionner qui comptent.

Les mots sont  insuffisants pour décrire l’expérience en mouvement, l’image insuffisant pour décrire ce qui se passe au-delà des apparences mais tous deux sont parfois capables de susciter des interrogations, de questionner notre rapport au corps et à l’esprit.

La force des bons textes  est de n’être ni descriptifs ni prescriptifs.

Non  » il faut faire comme cela »  ou « Tiens-toi droit » mais  des formules poétiques, des métaphores qui, précisément nous transportent au-delà du mot et de l’image.

Ainsi la formule fondamentale qui situe la genèse d’un monde, le départ d’une aventure. La citation n’est pas  textuelle,  je rends l’essentiel de ce qui m’a ému.

 » Les souffles clairs et subtils montent vers le Ciel-soleil, Les souffles lourds descendent à la Terre-terre et l’harmonie naît entre-deux, au vide médian, là où vit l’Homme-nature  »

La verticalité  rendue par la polarité Ciel/Terre n’est pas un objet planté une fois pour toutes mais un axe à mettre perpétuellement en acte.

Chaleur et lumière fécondent, ils font tourner l’air et l’eau. La terre nourrit , l’arbre pousse, comme l’humain.

« Qui ne se plante pas ne pousse » selon une formule en usage. La croissance harmonieuse implique d’avoir les pieds sur terre et la tête au soleil.

Mais il faut encore que le courant passe du soleil vers les racines et des racines vers les feuilles. Pour cela, il s’agit d’ouvrir les portes et les pores, de lever les obstacles

et de libérer le flux des vaisseaux et canaux.

La détente consiste à lâcher les tensions qui nous brident, à déposer ce que l’on porte indûment, à laisser dissoudre et fondre les amas pour s’abandonner à l’attraction terrestre.

Laisser décanter la posture est un aspect profond de la détente qui, de la surface à la profondeur invite à relâcher les grands muscles de la motricité volontaire puis les muscles posturaux et plus profondément encore la musculature végétative, celle que l’on ne contrôle pas volontairement mais qui répond étroitement à nos états de stress et de préoccupation. Se détendre, s’accepter, s’aimer, s’ouvrir et sourire… un processus sans fin.

L’autre versant consiste à étirer, à éloigner les deux extrémités d’un même segment, à ouvrir les articulations, rouages et relais. Un tonus ajusté  nous fait tenir debout, ouvert et grandi.

Ouvrir et fermer, s’intérioriser et s’extérioriser, imprimer et s’exprimer, inspirer et expirer. Dans tous les aspects de la vie, l’esprit est capable de discerner des forces qui se répondent, qui font couple, concourent et coopèrent. La dynamique yin/yang crée la relation et, là où l’esprit la met en oeuvre, là vient l’énergie, la sensation et le dynamisme.

Voici condensé, par la vibration d’une phrase, l’essentiel des Classiques en rapport avec la posture et son vécu : Rectitude et alignement, Détente et étirement, yin/Yang et communication. L’esprit est aux commandes, l’énergie s’active et s’exprime par le corps.

9
février
2011

La Chute

Rapide, économique et simple,  la chute ouvre un champ d’exploration Tai Chi.

Les terriens

Nous vivons sur terre « comme des poissons dans l’eau » sans penser à l’air que nous respirons, à la pression atmosphérique qui nous pèse sur la tête et à l’attraction terrestre qui nous attire vers le centre de la terre.

Nous tombons sans cesse et le sol arrête notre chute en nous donnant la sensation de poids.

Nous sommes des êtres de chute au sens premier du terme. La chute libre nous est naturelle et tenir debout est un acte de résistance obstinée. La fatigue et le vieillissement nous ramènent à la terre, nous tombons  jusqu’à la tombe. Humblement, l’humus nous attend pour nourrir de nouveaux élans.

La détente

Comme nous sommes forcément très attachés à la terre, le plus simple, le plus confortable et le plus sage est de l’accepter pleinement et de se détendre. Vivons heureux en regardant la vie, quand la mort sera,  nous ne serons plus.

Le fait de se sentir bien, d’être bien dans son corps implique la gravité qui participe directement à la conscience de soi. Nous sommes graves, pesants et lourds mais cela n’empêche pas d’être joyeux.

La détente, l’abandon des tensions superflues sera le conseil récurrent de la pratique Tai Chi. Pas de ramollissement amorphe mais au contraire, le maintien d’un projet, d’une forme tendue vers un devenir, une invitation au voyage allégé des bagages inutiles.

L’exercice de la détente est sans fin, toujours remis en chantier par la persistance de tensions résiduelles acquises et par l’apparition de tensions renouvellées par les projets et les craintes.

La chute libre est un thème utile pour une détente plus profonde impliquant le système musculaire et son contrôle cortical et partant, une disposition mentale accueillante à l’égard de la vie.

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18
octobre
2010

A propos du Qi Gong et de l’énergie

Le paysage TaiJiQuan se construit sur la référence au Qi et à la dynamique yin/yang. Tout comme il est insatisfaisant de chercher à traduire en français le nom  TaiJiQuan , il est tout aussi illusoire de trouver une traduction satisfaisante au terme Qi Gong. Mais, en fin de compte, peu importe, il est plus utile de préciser ce que l’on entend et propose sous cette appellation d’origine chinoise. Partant de la traduction usuelle de  Culture de l’énergie , je propose de situer la pratique dans une perspective éducative. Reprenons pas à pas.

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