26
août
2019

Du Tai Ji Quan ( TaiChi Chuan) et de ses mots

Voici quelques repères dans la compréhension du vocabulaire TaiJi et de ses résonances . 12 aout 2019

 

Le Taijiquan a acquis droit de cité en occident, partout alentour le TaiJi (TaiChi)/ yin/Yang est cité et mis à toutes les sauces. Cela ne me dérange pas mais, vacances aidant j’ai eu envie de proposer ma compréhension de cette galaxie et de ses mots. C’est un point de vue, pas savant mais assis sur une pratique, des cours, des lectures et des échanges vivants depuis 1975 environ.
Il s’agit de comprendre le monde et se comprendre dans le monde.
On cherche l’expression la plus condensée d’un principe capable de la plus grande extension.
Comment dire la vie ?  DAO est le mouvement de la vie : Ainsi va la vie !
Le TaiJi en est le principe organisateur, l’un qui engendre et soutient la multiplicité des phénomènes.
Une image, la plus répandue, le cercle animé par 2 « poissons » entrelacés, noir et  blanc ou rouge et  bleu pour bien marquer le contraste, chacun pointé d’une tache de couleur opposée, évoque  » pour tous  » le Taiji.
Pour décrire cette première étape de la compréhension la tradition évoque 3 étapes, 3 temps de l’entendement humain.
Shu Wu – WuJi – TaiJi …
She Wu -D’abord le vide, mystérieux et fécond dont on ne peut rien dire – Silence !
Wu Ji – Puis un chaos généreux où l’on ne distingue encore rien et où la parole n’a pas prise.
TaiJi – Enfin un point de départ lumineux, sa lumière permet d’y voir plus clair. On peut en parler et le nommer : c’est le début de l’aventure, le mystère perd de son opacité.

Alors on en fera l’expérience, on élaborera une théorie pour rendre compte des péripéties de l’existence toujours changeante. On parlera de Yin / Yang et de leurs transformations.
Ce sera pour le prochain courrier…😆

 

Du TaiJi (TaiChi) et de ses mots. Deuxième temps.  19 août  2019
Donc, nous avons LE principe unificateur qui chapeaute l’édifice. À la fois Un et Tout, il résonne à différents niveaux de sorte qu’un système considéré dans sa globalité peut être envisagé comme un TaiJi.
Ainsi du système soleil/terre ou de l’être humain.
Vu sous l’angle de l’animation, on distingue deux forces contrastées, complémentaires et opposées relativement l’une à l’autre.

Qui n’a pas entendu parler du Yin/Yang ?

Beaucoup pourtant se méprennent et en font des classements, répertoriant les choses : ceci est yin et cela est yang.
Erreur, la vision dynamique est fondée sur la relation en mouvement. L’un ne pouvant être qualifié de Yang que par rapport à l’autre qui sera dit yin dans cette relation, sous cet angle particulier et dans ces circonstances particulières elles aussi.
La vision est fluctuante, éminemment changeante, les polarités s’inversant suivant le point de vue sous lequel on les envisage.
Ainsi on pourra considérer l’état, en quantité (beaucoup de et moins de ) ou en qualité (plus ou moins caractéristique et intense ), le mouvement (potentiel ou actuel, accéléré ou ralenti, naissant ou finissant ), les rapports spatiaux (enveloppant/enveloppé, ouvert/fermé, droit/courbe, dedans/dehors…) ou encore les mutations (dans l’oeuf ou déjà né, ado, adulte, vieillissant).
Bref, rien de fixe dans tout cela mais un flux incessant, changeant et évolutif.
Cela a été mis en images.
Une combinatoire qui à partir d’un trait plein pour le yang et d’un trait interrompu pour le yin illustre les transformations rythmiques en doublant puis triplant (trigrammes) les traits jusqu’à arriver au 64 hexagrammes exprimant l’ensemble indéfini des possibilités.
Cette dynamique du tout et de ses transformations sera reprise sous l’appellation générique du QI (Chi).
Nous en parlerons bientôt…😃😄😁😆

Du TaiJiQuan et de ses mots – 3ème temps : Le Qi (Chi). 30 août 2019

Pas de traduction unique pour ce caractère chinois qui évoque les vapeurs se dégageant de la terre pour former les nuages qui, on le sait, retomberont en pluie. Parfois on précise que c’est de la cuisson des aliments (riz) que montent ces vapeurs vivifiantes. Un autre caractère souligne plus spécialement le souffle des humains

Il s’agit d’un échange perpétuel. Dans un amas primordial sans contours précis, on distingue la polarité Ciel – Yang en relation à la polarité Terre – Yin.

C’est dans cet entre-deux ( Ciel/Terre) que s’active la relation dynamique qui fonde le Qi.  Relation variable à l’image des fluctuations saisonnières où s’activent le soleil, les vents et les pluies pour colorer nos existences à la ville, la montagne ou  la campagne. 

Ainsi aussi de tous les échanges particuliers, entre les hommes et entre les choses au sein du grand échange global.

Entre le Xè et le XIIIè siècle cette notion s’est universalisée, le Qi devenant le fondement de tous les phénomènes.            Subtil ou matériel, caché ou manifeste tout relève du Qi, tout est Qi . Il  n’a pas de forme en soi mais se prête à toutes les formes et à toutes les transformations.

Le Qi est omniprésent.

On le sent à l’oeuvre dans l’animation, le mouvement des changements, transformations et  mutations.

Donc, dans l’usage, il s’agit de savoir à quel niveau on se situe en parlant de Qi.

– “Entre ciel et terre”, on parle de climat, de saisons, de masses d’air, du temps  qu’il fait, de flux et de reflux…

– Fort du savoir scientifique, on parle volontiers d’énergie, celle qui s’échange entre les éléments et qui se particularise en chaleur et mouvement pour des effets mécaniques, chimiques, électriques ou …

– Au quotidien, on évoquera le dynamisme qui nous fait tourner à plein régime ou  à bas régime, nous laissant alors déprimé, sans ressource. On a la pêche, on est battant ou on est à plat, abattu.

Pour parler de la vie et de la vitalité on choisira

  • le thème de l’air, de la respiration et du souffle.  On a du souffle ou on est à bout de souffle; quand on a du coffre, cela résonne dans la voix.
  • Avec le gaz, ça gaze ! les échanges gazeux entre air et sang gèrent notre dynamisme et notre sensibilité; on fonctionne en plein et cela se voit dans le teint et l’éclat du regard. Cela peut avoir un aspect percutant : ça boume !
  • On peut aussi respirer la santé et rayonner, glissant ainsi imperceptiblement de l’air qu’on respire à l’air que l’on a.     De l’inspire à l’inspiration, la physiologie se déplace des fluides au spirituel. Vivacité d’esprit, humeur et humour s’entrecroisent.
  • le mouvement témoigne aussi du Qi individuel. Bien portant, on aura de l’allant (comment vas-tu, ça marche ?), de l’entrain et de l’entregent, on bougera bien en soi et dans la société.
  • Pas de mouvement sain sans repos et sans calme. Bien reposé, celui-ci sera tranquille, paisible, serein, en puissance d’agir avec justesse…

Bref, On est Qi, on a tous de l’énergie, peu ou beaucoup, mais on est tous en vie, pas mort.                                                               On le voit, cela ne nous est pas étranger, le langage reflète ces aspects du Qi.  Simplement on a peu conscience de la continuité entre tous ces états de l’énergie.

 » Rien ne se crée, tout se transforme  » Donc, on ne crée pas d’énergie on la recycle, la transforme et facilite sa circulation. L’hygiène de vie consiste à soigner son alimentation donc, à CHOISIR ce qui nous nourrit dans TOUT ce qu’on absorbe, à EVACUER ce qui nous encombre et nous PROTEGER de ce qui nous nuit.

Ce sera le thème central – soutenir la vie – de toutes les pratiques du Qi Gong.

On verra que si tout est Qi, jamais créé mais perpétuellement recyclé, l’individu a cependant la capacité d’initier un nouveau rapport à la vie, de remettre en jeu ses croyances et de s’ouvrir à l’inédit.

à bientôt.

 

Du taichichuan et de ses mots 15 sept 2019

QIGong une philosophie pratique plutôt qu’une suite de recettes de bonne santé et de recherche de pouvoirs.

Voilà le point central : TU es au centre de ta vie!

D’abord s’en rendre compte, l’accepter puis choisir et chérir consciemment cette option.

Le premier niveau invite à assister et si possible activer la vie en soi : Cultiver la vitalité.

Mais le projet est encore plus fondamental : Tu as la capacité de naître ou de renaître de toi-même.  En effet, quelque-soit  l’âge, nous ne sommes pas limités à ce qu’ont  fait de nous le siècle, la société et la famille. Nous avons été projeté sous forme de « il/elle » avant notre naissance puis, pensé et éduqué sous forme de « tu » avant même de pouvoir dire « Je ».                                    Un sursaut et un écart réflexif peut nous faire sortir de cette identité fabriquée et entrer dans une nouvelle conception de soi.     Vaste chantier ouvert sur nos habitudes, nos croyances, nos émotions et nos comportements usuels. Il s’agit de trier et de garder ce qui résonne avec ce que l’on désire accomplir.(Voir l’alchimie taoïste, conception, naissance et croissance de l’embryon avant son envol.)

C’est une vaste mutation qui transforme notre être en devenir : je suis toujours en train d’évoluer.

Alors, le QiGong, la culture de l’énergie ?                                                                                                                                                    OUI, soyons agriculteurs – cultivateurs. Un bon terrain et une bonne terre. Le bon terrain va de soi si l’option nous séduit, la terre, à nous de la travailler. Elle implique toujours le corps, celui qu’on a, point de départ réaliste de nos transformations.

Mais, pas de corps sans souffle, respiration et circulation.                                                                                                                         Pas de corps sans nerfs, cerveau et système nerveux – pensée analytique, intuition, sensations.                                                   Ces trois là : le corps dans sa posture, son mouvement et son geste – Le souffle par la respiration pulmonaire et la pneumatisation tissulaire – L’esprit dans son attention et ses intentions, dans ses réflexions, son écoute et son imagination  sont le trépied  nécéssaire pour qualifier l’exercice énergétique Qi Gong. Ce sont les  » 3 trésors ».

Enfin, avant d’aller plus avant, voici un application pratique bousculante mais nécéssaire : Je prends la responsabilité et j’en réponds :  Je suis le lieu et l’occasion de tout ce qui m’est advenu et tout ce qui m’advient.                                                                          Pas de culpabilité mais du répondant: Quand je ne peux changer les faits, je peux changer de comportement, d’idées et de sentiments.

à suivre … la mise en oeuvre.

Du taichichuan et de ses mots – 28 sept 2019.

En pratique, disais-je, que faire?

Rien d’extra-ordinaire mais une attention souriante à ce que l’on fait et à ce que l’on dit, assortie d’une fidélité à ce choix de vie : le désir de vivre de sens et d’amour donné et reçu.                                                                                                                            Un regard factuel et un esprit critique s’imposent:  Regarder les faits et apprécier les implications de nos choix et de nos comportements même et surtout quand ils contredisent nos croyances et nos attentes initiales.

Faire preuve de curiosité, d’envie de découvrir, de questionner, de comprendre et d’apprendre pour s’approprier les connaissances et éviter les savoirs « perroquets » et les erreurs précédentes.

Accepter de considérer les résultats de cette ouverture d’esprit, sans raideur, en laissant de côté nos a-priori. Une souplesse qui permet de nuancer les faits en envisageant un large spectre de leurs variations sensibles ainsi que d’en ajuster  l’impact dans nos vies en faisant varier nos points de vue. C’est une mise en perspective de soi au sein de la vie planétaire à différents niveaux d’implication. Se rendre compte que l’on agit et parle toujours en son nom. Sachant que l’on s’est construit sur l’héritage de nos prédécesseurs, le modèle de nos concitoyens et l’influence de nos proches, on en aura de la gratitude mais inutile de se « cacher » derrière de plus grands « noms » pour éviter le jugement des autres. Je suis responsable, influençable certes, mais conscient d’où je parle.

Le banal est extra-ordinaire. La banalité c’est de se mettre en vibration accordée avec la bio-logique.

Vivants, on fonctionne. L’organisme fonctionne en transformant  les aliments (comprennez tout ce qui nous vient de l’extérieur) pour y trouver de l’énergie. Les cellules sont au coeur de la production d’énergie. La moindre cellule a besoin de nutriments et d’oxygène. Elle produit des déchets qui doivent être évacués et éliminés par l’organisme.                                Donc évitons d’encrasser le système avec des polluants (toxiques alimentaires, information nocive, air vicié, bruit excessif, exigences brutales ) et faisons confiance au système qui a autant besoin de l’action que du repos pour se réparer et restaurer les conditions de son meilleur fonctionnement (homéostasie).

Besoin de sens –  Qu’est ce qui fait sens ou comment advient le sens dans la vie qui, a priori n’a d’autre propos que de vivre et se perpétuer ?  à bientôt

du taichichuan et de ses mots  04 octobre 2019

La culture de l’énergie invite à clarifier nos choix de vie : distinguer ce qu’on laisse entrer en nous de ce qu’on évite, refuse ou fait sortir. L’évacuation est fondamentale « Il faut vider sa tasse « .                                                                                                            Cela concerne la survie – s’alimenter, respirer, s’abriter, se reposer, se couvrir, se protéger mais aussi faire partie, avoir sa place et sa fonction dans un groupe.                                                                                                                                                                                                     Reste le besoin très humain de trouver du sens à ce que l’on fait, à ce que l’on est.

Toute demande d’adaptation à notre environnement toujours changeant provoque du stress càd une mise en tension généralisée pour nous donner les moyens d’agir physiquement. Ainsi, la tension se résolvera dans l’action efficace et nous reviendrons à notre état d’équilibre fonctionnel – Tout va bien !

Mais, si la menace est ingérable parce que invisible, inconnue, trop effrayante on n’ose et ne peut agir, on a peur de l’autorité, de la transgression, des sanctions…on reste inhibé dans un état de tension interne. On résiste, en fonction de nos ressources et des adjuvants que l’on prend mais finalement, on s’épuise. Chute de nos défenses immunitaires, ressources épuisées , fatigue physiologique, on ne peux plus se refaire …on est brûlé.    NE PAS en arriver là !                                                                                                                              Le manque de sens ou le non-sens nous stresse, la vie émotionnelle semble être actuellement le plus grand pourvoyeur de stress.    Quel sens cela a-t-il, quelles significations portent nos comportements, quelles valeurs  ont nos actes, dans quelle direction allons-nous ?   Le questionnement et l’analyse font naître du sens non  comme un résultat mathématique mais par une sorte d’infusion d’où émerge le sens. Le mots, au-delà de leur signification usuelle, ont cette particularité de prendre du sens à partir de toutes les expériences traversées; quand le mot fait sens il permet de s’exprimer c’est à dire de faire sortir, de mettre en lumière ce qu’il y a en nous, nous faisant entrer ainsi dans un monde sensé.  Ainsi de nos gestes et de nos actes qui véhiculent du sens, le sens que je leur donne sur le terreau de toutes mes expériences.

Peu à peu se tisse un réseau de connexions entre nos mots , nos idées, nos émotions et nos actions. Il me semble que l’exercice tel qu’il se pose dans le QiGong prend progressivement sens dans le tissu de nos vie; méditation, gymnastique, efforts, persévérance entrent en résonance avec notre vision du monde et de la vie. C’est cela que je nomme philosophie existentielle, une sagesse au quotidien où rien de mon comportement ne soit exclu de cette compréhension de soi dans le monde.

Ceci dit, on n’est pas tout le temps à la hauteur de cette conscience tragique et souriante et le sens n’a rien de définitif, le chemin se fait en marchant. Mais exprimer, dire, souffler, gestualiser, danser, écrire, dessiner pour chorégraphier (corps et graphie) font partie intégrante de la réponse physiologique au stress. La tension se résout dans l’action.