29
mai
2019

ode à la pratique taichichuan

Tai Chi Chuan –

 Peter M. Wayne – Taï-chi – La méditation en mouvement – Pocket.

Médecin, pratiquant depuis plus de trente ans, il analyse, recherches documentées à l’appui, les différents registres physiologiques sur lesquels la pratique Tai chi /chi cong résonne positivement.

Son propos, organisé en huit rubriques commente, illustre et justifie les bienfaits de la pratique.

je reprends ces thèmes non dans la perspective médicale bien illustrée dans l’ouvrage mais pour souligner le vif, le vivant, la vitalité de cet entraînement à la bonne vie.

Notre pratique parlant du CORPS englobe toutes les ressources, talents et potentialités de l’individu. J’entend par pratique une participation active avec des entrées multiples selon qu’on l’envisage du point de vue du geste, du souffle ou de la pensée.

Posture

statique ou mobile, la posture Taichi organise la charpente musculo-squelettique par un alignement vertical qui subsume au sommet l’ensemble des parties et masses du corps. Cela donne consistance et confiance en la présence. Des jambes solides, de la plante des pieds à l’assiette du bassin font de l’ancrage ( appui – propulsion – amorti ) la source majeure de la force.

Les “reins solides” participent du même alignement en étirement ( l’inverse du tassement) du coccyx qui tend vers la terre à l’occiput qui tire vers le haut laissant à l’axe vertébral toute la mobilité voulue. Au sommet, le dégagement de la nuque et le relâchement de la mâchoire libèrent la vision et l’audition périphérique. Ce port de tête s’aligne sur l’horizontale du plan vestibien (celui des canaux semi-circulaires de l’oreille interne) ce qui assure la plus grande acuité de l’appareil neuro-sensoriel.

A cette proposition posturale, j’aime associer un sentiment esthétique dans la sculpture de sa statue, stature qui se confirme dans l’allure, celle que l’on a et celle à laquelle on va. C’est la beauté qui tend l’arbre vers le soleil.

Détente

Actif dans la perspective de l’alignement dynamique, le centrage valorise l’assise au Dantian en laissant s’écouler les tensions inutiles  vers le fond (pelvis) et la terre. En retour la force remonte du pied à la main à travers tous ces relais (articulations et rouages) qui s’ouvrent par la détente active.

Le bassin devient alors le lieu de la stabilité physique et psychique, il accueille la poussée inspiratoire qui conforte ce noyau moteur.

Harmonisation structurelle

La relâchement en profondeur lève les obstacles et ouvre les passages. Il s’agit de mettre le corps à l’aise : Dé-nouer les noeuds et dé-lier les liens trop serrés, dé-tendre les tendeurs crispés, dé-serrer les boulons  grippés, dis-soudre les boules et les scrupules… La circulation se libère pour le sang, la lymphe et les liquides organiques, pour l’influx nerveux et ses messages chimique, pour la respiration et les échanges gazeux, pour la digestion et l’assimilation et pour les pensées qui retrouvent fluidité et créativité. 

Par une libre circulation du plus solide au plus subtil, les relations entre tous les éléments de l’ensemble sont améliorées au profit de l’intégration et de la cohérence.

Conscience, attention et intention.

Qu’on parle de regard intérieur, d’écoute intériorisée ou d’attention sans tension, on active notre aptitude à sentir et ressentir ce qui se passe en nous dans cette incessante activité qui nous tient en vie.

L’attention aux détails permet de capter des messages discrets qui nous disent ce qui nous convient ou ne nous convient pas.

L’intention active une disposition intérieure qui prépare l’action; elle porte la pensée dans le sens désiré et allume l’énergie en mobilisant les circuits neuro-musculaires.

Il s’agit d’un faire “comme si” .

L’image ou l’imaginaire favorise le passage du virtuel à l’actuel ainsi peut-on nager dans l’air, prendre un bain de Qi, pousser ou tirer des grumes flottantes mais aussi faire fleurir en soi les qualités de la vie que l’on désire voir advenir et que l’on cultive.

C’est bien le propre de la méditation de cultiver activement, sans distraction ce que l’on désire.

Apprendre 

Le mouvement imaginé, le geste réalisé en pensée suscitent les mêmes circuits neuro-moteurs que l’action effective. Ainsi peut-on apprendre en se concentrant sur les opérations utiles à la réalisation de la chorégraphie avec un maximum de détails.

MAIS PLUS ENCORE, la concentration méditative invite à faire résonner les valeurs utiles à la bonne vie. Sachant que dans une très large mesure, nos vies reflètent nos pensées, il est préférable d’éduquer nos cerveaux à se connecter sur les circuits de la détente souriante, du plaisir partagé, de la reconnaissance, de la gratitude, de la compassion bref sur la vie heureuse que l’on désire voir en nous et autour de nous.

On parle alors d’une discipline de l’esprit en continuité avec la dynamique énergétique. L’énergie n’a pas de forme particulière, elle se prête à toutes les formes et à tous les usages. L’important est son écoulement, sans stagnation ni obstruction ou pétrification, il s’agit

d’accompagner le flux de cette circulation rythmique.

Apprendre revient alors à s’éduquer soi-même pour oublier les attitudes, pensées et conduites qui font obstacle à la libre circulation.

Respirer

Le diaphragme est au centre de la dynamique du souffle. Le cycle des entrées/sorties répond à des variantes biochimiques, il assure l’apport d’oxygène et l’évacuation de l’acide carbonique.

Toutes nos cellules en permanente activité ont besoin d’un apport de nutriments et d’oxygène par le sang, elles fabriquent des déchets qu’il est impératif d’éliminer. Le souffle active tous les échanges, sang et air sont en intime continuité.

Nous sommes des organismes pneumatiques qui se gonflent et se dégonflent, se chargent et se déchargent et s’activent sans relâche. 

Le souffle active le feu de la vie, dans une combustion lente il nous anime et nous vivifie.

La relation aux autres, une conspiration.

Nous sommes tous des respirants, aspirant et soufflant.

Esprit et souffle sont intimement liés; la pratique en groupe conforte le sens de l’autre, des autres et la conscience de la dynamique solitaire/solidaire. Chacun s’exerce, affine sa sensibilité, construit sa personnalité dans l’intimité en même temps qu’il échange, nourrit et se nourrit de la force du groupe, de l’exemple et de l’offrande des autres. Dans cette relation, l’énergie est ce qui s’échange. Le temps et l’attention partagée font l’apprentissage de l’humain, de ce besoin d’amour et ce désir de sens commun à tous.

Cultiver l’énergie c’est s’ouvrir à l’inattendu, opter pour le devenir sans s’éngluer dans le “c’est comme ça, je n’y peux rien”.

Vous reconnaîtrez les résonances de la pensée de Jean François Billeter (éd. Allia),  Robert Misrahi ( éd. le bord de l’eau ), de la chorésophie de Raji et Yumma et de la proposition résolument vitaliste de Thierry Casasnovas sur le site – regenere.

MERCI    

à Namur, il fait beau ce samedi 18 mai à 10.30h